Lautresite, le jour, 19 mai 03
 


 

L'inactualité de notre aujourd'hui, à nous électeurs du Royaume, présente ceci de particulier qu'elle se compose à la fois de déjà-vu et de jamais vu et même, si l'on y regarde bien, de jamais vu déjà vu. Déjà vu : les partis socialistes et libéraux (le pluriel s'impose en pays fédéral), membres de la coalition gouvernementale sortante, retourneront demain au pouvoir. Déjà vu : le vlaams blok, l'extrême droite flamande, poursuit une progression jamais démentie depuis quinze années. Déjà vu : les anciens leaders sociaux-chrétiens qui avaient, durant quarante années et jusqu'en 1999, participé à tous les gouvernements continuent leur lente glissade. Jamais vu : les Verts flamands (membres de la coalition gouvernementale) disparaissent totalement du Parlement. Jamais vu : les Verts francophones (membres de la coalition gouvernementale) réalisent moins de la moitié de leur score de 1999 et doivent assumer une terrible déroute. Jamais vu : pour la première fois de son histoire, le parti socialiste se renforce après avoir exercé le pouvoir. Jamais vu : pour la première fois depuis plusieurs législatures, le parti d'un Premier ministre en exercice, le VLD libéral flamand en l'occurrence, sort grandi du gouvernement, ne perd rien, pas une miette, gagne des sièges et des voix. Jamais vu : le vlaams blok engrange de nouveaux terrains, s'impose dans d'autres villes de Flandres, est même présent en Wallonie. Jamais vu déjà vu : le front national, l'extrême droite francophone, que l'on pensait anecdotique, qui est traditionnellement divisée et dirigée par prévarication, qui n'a pas fait campagne et n'avait même pas d'affiches ou presque, retrouve ses scores du début des années 90, conforte un député auquel personne n'a jamais prêté attention et gagnerait un sénateur qui serait une sénatrice.

Ces chassés-croisés de choses déjà vues et d'autres jamais vues interrogent, de fait, l'équilibre d'un système politique qui nous avait plutôt habitués, avant 1999, à une éternelle reproduction du même. Car, en même temps que le scrutin de ce dimanche change totalement la donne, il produit cependant un étrange effet de mimétisme : au nord comme au sud de ce pays fédéral qui se connaît pourtant très mal, les tendances sont en effet identiques. Socialistes, libéraux et extrêmes droites augmentent également alors que les héritiers de la social-démocratie chrétienne stagnent tandis que les écologistes s'effondrent presque jusqu'à disparaître. Est-ce que, par hasard, la simultanéité et l'unanimité de ces comportements — dans un présent forcément inactuel, donc— contribueraient tout de même à rendre notre actualité un tout petit peu plus actuelle, c'est-à-dire plus compréhensible et mieux justifiable ? Et, si cela s'avérait, serions-nous condamnés, au terme de ces élections, à une surabondance de gestion, cette forme coutumière de la prise en compte du présent ? Pour les partis qui formeront le gouvernement, il sera bien nécessaire bien que le passé n'arrive pas trop tard et que l'avenir ne vienne pas trop tôt.