Lautresite, le jour, 16 mai 03
 


 

En ce jour du vendredi 16 mai 2003. Récapitulons : lutter contre le socio-artistique, traquer le hors champ de l'événement, désaxer les accès, rêver sa mémoire, cela ne fait sans doute pas un programme, mais disons, déjà, peut-être, un projet. Nous avons été, en d'autres temps, plus proches des programmes et de leur dialectique. En couverture de ce numéro, on trouve un rappel de ce que fut, en 1995, le Quotidien des Électeurs, accompagnateur éphémère d'une autre campagne électorale. Nous nous pensions encore pontifes, à l'époque, c'est-à-dire que nous estimions encore possible — et même utile — de jeter des ponts entre les sociétés "civile" et "politique". Depuis, l'eau a coulé — nous n'oserons pas dire "sous ces ponts" : ils n'ont pas été construits. Nous avons perdu un peu d'argent avec ce quotidien, nous l'avons versé au titre de la dette publique. C'était, à ce moment précis, la manière dont nous négociions notre "citoyenneté". Aujourd'hui, ces mots, "citoyenneté" ou société civile", ont fini d'être des territoires sans frontières. Ils sont désormais broyés dans des parts de marché et font dorénavant office de raison sociale. Car l'on peut désormais bâtir une carrière avec ces mots-là — Tristan Corbière : "Il fit carrière chez les pierres et le pissenlit, désormais, lui mange dessus" : l'on sait bien par là — l'on connaît trop, nous autres— comment se dessine un destin…

Nous pensions donc qu'il s'agissait là de mots tragiques, nous savons maintenant qu'ils sont triviaux. Passons. (Tout de même, pardonnez-nous ce plaidoyer pro domo, mais il semble bien que cette endurance, depuis quinze années, à déceler malgré tout de possibles alliances là où seule la séparation reste perceptible, mérite toutefois quelque considération. Car oui, par quelque forme qu'on le prenne, c'est bien toujours et intensément le "comment faire société" qui nous occupe. Passons là-dessus aussi, dès lors que nous l'avons dit.) Mais, peut-on être péripolitique comme l'on était péripatéticien, c'est-à-dire : peut-on être promeneur du politique ? Par-delà le programme, c'est bien entendu notre propos. Avec cela, moins que jamais, nous ne souhaitons mégoter. Aussi bien, de temps en temps faisons-nous ici le rêve d'une école, où l'on enseignerait trois simples choses : "Qu'est-ce que l'on sait ensemble ?", "Qu'est-ce que l'on ne sait pas ensemble ?", "Qu'est-ce que l'on ne sait pas ensemble que l'on ne sait pas que l'on sait ensemble ?". Ça n'en n'a peut-être pas l'air, mais c'est bien de la poésie politique.