Lautresite, le jour, 15 mai 03

 



Burcht est un bain de jouvence pour le regard. En le quittant, on s’étonne partout ailleurs du nombre essoufflant de signaleurs, de sigles, qui règlent les mouvements de tout. Par un chemin surprenant, on aimerait quitter Burcht debout sur le pédalier dans le souffle des camions de ciment, le sillage des chenillettes de tanks barbus. La nationale, tout orgueil déployé, ravie de rallier la caserne des para-commandos, aligne des faux plats meurtriers. D’un côté Zwijndrecht ou l’autoroute (mes grands parents disaient "l’autostrade"), en suivant le chemin de la cimenterie il faut s’arrêter à la pompe, chez le réparateur de tondeuses, à la librairie, chez le croque-mort, au supermarché, et demander quelque chose. Presque rien, ou n’importe quoi. Pour comprendre.

Je décide de suivre le fleuve que je devine à l’Est. Je cherche un robinet. Un estaminet me propose un bock : één half liter pilsje, alst U blieft. Au-delà, un pays de bocages, de remblais, de rivières, la surface des étangs affleure, le gravier des sentiers ratissés borde des vergers de pommes en boutons, qu’on confond avec la neige. Un rond-point minimum : un peuplier greffé d’un ex-voto, au croisement de routes pavées, le granit des Côtes d’Armor. L’enfer du Nord. Des plages de galets murmurent des clapotis. Une caille construit son nid. Un bateau râblé propose d’emmener les promeneurs sur d’autres rives. Le Château du Ruisseau Poisson. Une digue de mousses fragiles picorées d’aiguillettes orangées. Des oies sauvages. Des mauvaises herbes. Migratrices.