Lautresite, le jour, 15 mai 03

 



Plus loin, c’est Burcht. Un serpentin de maisons basses, briques et tuiles rouges, toits aigus, jardinets enserrés de murets bétonnés, où l’on a planté des séries de panneaux qui récoltent les affichages électoraux. V.b. flamboyant. Tous les cent mètres. En ville, les colleurs surcollent les slogans des colleurs d’en face. À Burcht, tout est net. Une statue en fer mime des vagues et un portique rouillé devant un arbre puni. Des fenêtres en façade exposent un tract identique imprimé sur une feuille blanche : Enfin du bon vivre et de la sécurité dans notre commune. Une place troue l’alignement des demeures. On est étonné du nombre de sigles qui intiment de cheminer par ici pour se rendre là : garages ici pour les voitures, les vélos-là, les motos, le téléphone là-haut sur les premiers pas d’un chemin en surplomb du parking, séparé du fleuve par un muret épais. On reconnaît aussi la structure d’une communauté aux signes —à leur profusion— qu’elle émet pour s’orienter. On poursuit un chemin goudronné bordé de sureaux et de hêtres. Une femme bonbon rose lit du papier glacé. Son chien renifle, au cas où. Des fillettes adossées aux remous métalliques du fleuve, immobiles sur deux bancs, se détachent peu à peu du décor et s’envolent. La place devant l’église. Il fait chaud. Le carillon dénudé transpire d’une bogue transparente, à la sortie du temple. Son tourment sonne au quart d’heure. Des vers dérisoires, sur une affichette incrustée dans le bois du porche ogival, disent à peu près : Comme vous, on aime le ballon, le vélo, le skateboard, mais allez-y voir ailleurs si on y joue. Des pelotons de clones casqués, cervelles à nu, rigides, pédalent sous le vent pénible qu’essuient, à contre courant, les péniches naviguant à vide.