Lautresite, le jour, 15 mai 03
   

"Au début était la paix. Avec des pierres, les hommes du mégalithique inventaient leurs premiers abris, et sculptaient d'étranges dieux, à Filitosa ou ailleurs encore. Cette île sereine attirera la convoitise des envahisseurs, et vingt fois, au cours des siècles, l'île de Corse sera prise d'assaut par des conquérants venus de tous les horizons. Le plus souvent, ils susciteront la haine et la révolte, contraignant ce peuple de bergers, pacifiques, à prendre les armes et résister. Il faut attendre cependant le milieu du XVIII° siècle pour qu'après une succession d'aventures héroïques, la Corse connaisse les pages les plus émouvantes de son histoire. En 1732, au couvent d'Orezza, une Consulta des patriotes proclame l'indépendance de l'île de Corse. Hyacinthe Paoli rédige un projet de constitution dont le préambule décrète, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité : " Les hommes naissent libres et égaux en droit ". Une phrase prémonitoire, qui, un demi-siècle plus tard, sera reprise par tous les révolutionnaires du monde. Le destin est en marche. Le 14 juillet 1755, Pasquale Paoli est élu Général des Corses à la Consulta Nationale de St.Antoine de Casabianca. La Corse devient "Nation" ! Le jeune chef d'État parviendra alors à réaliser la difficile unité du peuple. Il dote sa patrie d'une exemplaire constitution démocratique qui institue la séparation des pouvoirs, et le vote des femmes, relance l'économie agraire, fait frapper monnaie, fonde à Corté, qui devient la capitale de la Corse, une université. Il fait administrer une justice égale pour tous ... 32 ans avant la première constitution américaine, 34 ans avant la révolution française de 1789. Partout dans le monde cette fantastique expérience politique et sociale suscite l'admiration, Les philosophes et tous les esprits éclairés du siècle de lumière saluent en Pasquale Paoli le précurseur de la démocratie. En France, Voltaire, comme Jean-Jacques Rousseau, lui tressent des louanges, et prédisent l'universalisation de son œuvre. En Angleterre, en Prusse, en Hollande, les penseurs, les hommes de science donnent en exemple l'île de la justice, l'île de Corse !

C'est alors, en 1767, que la France de Louis XV achète à la République de Gênes une prétendue souveraineté sur la Corse et décide de mettre "au pas" ce peuple frondeur. Pour abattre Paoli, et sa petite République, la monarchie française constitue et dirige vers l'île un corps expéditionnaire de 40000 hommes ... Et, le 8 mai 1769, dans les flots du Golo, à Ponte Nuevo, la Corse est défaite, conquise. Dans une farouche résistance, elle le demeura. Malgré cette conquête, suivie de l'exil de Pascal Paoli en Angleterre, sa pensée intacte va servir de détonateur à d'autres révolutions dans le monde. En 1787, les insurgés américains offrent à leur nouvelle nation une constitution, qui ressemble étrangement à celle de la Corse. L'affiliation des deux lois fondamentales est aujourd'hui historiquement prouvée. En 1789, et par contrecoup, les révolutionnaires français rédigeront la déclaration des Droits de l'homme et du citoyen. Aujourd'hui encore, aux Etats-Unis, on se souvient du rôle de Pasquale Paoli l'inspirateur incontesté des pistes de la Liberté. Et 7 villes américaines portent le nom de "Paoli", "Corsica", Corsicana", ... à sa mémoire ... Chez nous, ... il n'en est pas de même... Si cette mémoire-là n'a pas la place dans les très officiels livres d'histoire, elle est pourtant de ces vérités que l'on doit, aux hommes, aux peuples, à leur nom, à leurs souffrances, à leurs espoirs. "A Nostra Storia" - un texte de G. Coanet, récité par G.F. Bernardini (I Muvrini), trouvé sur le site paradisu.de/korsika_a_nostra_storia.htm. Le 15 mai 1768, la France et la République de Gênes concluaient à Versailles un traité qui rendit effectif le transfert de la Corse à la France. Pascal Paoli, grand défenseur de l'indépendance de l'île, aura des paroles très dures pour condamner ce marchandage : "Jamais peuple n'a essuyé un outrage plus sanglant... On ne sait pas trop qui l'on doit détester le plus de celui qui nous vend ou de celui qui nous achète... Confondons-les dans notre haine puisqu'ils nous traitent avec un égal mépris".