Lautresite, le jour, 14 mai 03
   


 
 

En ce jour du mercredi 14 mai 2003.Continuons de dévoiler le programme : on a déjà compris qu'on fait peu dans le pragmatique, on ne contribuera à résoudre aucun des problèmes quotidiens que l'on se doit d'affronter, on n'arrêtera aucune guerre, on n'endiguera pas l'effet de serre, nous sommes terriblement insuffisants mais au moins en avons-nous une conscience accrue depuis quelque temps. Aujourd'hui donc, la question des accès. Disons même : des accès à la culture. Cette question est en soi un paradoxe puisque, dès lors que ceux qui accèdent ne savent pas très bien quoi faire de leurs accès, comment évoquer sans sourciller le problème de ceux qui n'accèdent pas ? On connaît l'antienne : aujourd'hui, les savoirs se spécialisent, ils sont coupés entre eux, ils conduisent à l'atomisation de la connaissance et à son appropriation par quelques-uns. L'espace public est ainsi tranché de jardinets coquets, mais clôturés : j'ai reçu récemment par exemple un carton d'invitation de jeunes graphistes auquel je n'ai rien réussi à comprendre — pas même à identifier l'heure et le lieu du rendez-vous — tant le cryptage était parfait. Je ne suis donc pas entré dans ce jardin où l'on ne paraissait pas m'attendre, par ailleurs. La parcellisation des savoirs conduit à la constitution de micro-publics, au comportement codifié, devenant au fur et à mesure des communautés d'autistes, ne refusant même pas — parce que ne se la posant tout simplement pas — la question de la mutualité des connaissances et des conduites culturelles.

Aussi bien, formulons cette hypothèse scandaleuse que ce qu'il s'agirait de démocratiser aujourd'hui, ce seraient les élites, celles, donc, qui ont accès aux accès. Il ne faudrait plus avoir peur, par exemple, de produire de "l'éducation permanente" à rebours. Pendant des années, la Belgique du bas — ou la France, ou la Suisse du bas — ont paru intéresser prioritairement les politiques culturelles : l'accès se devait d'être d'abord une accession voire de permettre une ascension. La question d'aujourd'hui est beaucoup moins mécanique : car à quoi accède-t-on exactement, lorsque l'on progresse dans les "voies du savoir", dès lors que la spécialisation produit de la séparation, voire de l'exclusion ?

L'alphabétisation des élites : voilà à quoi nous devrions-nous rendre, en toute hypothèse. Tant il est vrai que nous sommes en manque radical d'érudition, c'est-à-dire de cette faculté d'alliance et de reliance entre des faits et des données disparates et accidentels qui ne sont jamais que la réplique de ce que nous avons à endurer et emmagasiner quotidiennement. Troisième point de notre programme, donc : désaxer les accès.