Lautresite, le jour, 13 mai 03

 
L’histoire des « Bottelaer ». Au seizième siècle, dans la province d’Anvers, le père Bottelaer fabriquait des bouteilles, avec la peau des Flandres. Sablées, teintées, soufflées, calibrées, polies, les fioles étaient chargées dans des nasses sur une charrette, qu’un baudet convoyait à la brasserie. Celle-ci produisait peu. Le ruisseau, dont l’eau par le malt devenait bière, fut souillé par les excrétions d’une tannerie, qui venait de s’implanter. Le brasseur fit faillite. Les Bottelaer se retrouvaient avec leurs bouteilles, sans débouchés. Babas. Ils partirent en Normandie. Ils récoltaient les pommes, les poires, le blé, les coquillages, les artichauts. Ils vivaient à l’année. On les appela les Botellier. Si un fils est resté c’est sous le charme d’une muse en guenilles, d’autres ont continué. Le père pressa le halbi. Ailleurs, des marais devaient être asséchés, endigués, des troupeaux menés à l’étable. On manquait aussi de vachers. Le Poitou les accueillirent. Le Poitou les nomma Boutellier. En Bretagne, les appellera-t-on Baudelaire ? Des Baudelaire furent-ils écaillers ?
Sur une rade, un brouillard moite enveloppait l’Angleterre, un fonctionnaire retranscrit Buttler. De Londres, ils ne connurent que la famine. Des campagnes, la galère. À pied, ils gagnèrent un port écossais. Ils commercèrent. Des pommes de terre, des moutons. Ils s’appelaient déjà Battler. Les Bottelaer s’étaient égrenés. La faim les avait talonnés. Ils firent hop ! Saint Pierre et Miquelon : la morue, les glaçons, les baleiniers, le pôle, les femmes calfeutrées sous l’hiver, des cabanes en pierre recouvertes de mousses et d’ajoncs, les vents rugissants, ils s’appelèrent Boutenlair. L’océan lave les mots sur les coques des bateaux.
Une escale, c’est l’Acadie. Les Boutenlair rencontrent des Boutellier. Le voisinage les avaient rapprochés. Les consonances firent le reste. Les Boutellier furent poitevins, et s’en rappellent. Les Boutenlair ont oublié. Mais en Acadien, on appelait les Boutellier Bouteille. Devenus amis, Boutenlair et Bouteille décident de planter un verger. Ils écorcent les arbres, en extrayent la sève, cuisent le sirop. Il faut des récipients pour le transporter. Tous deviennent des Bouteille. Ils vivent heureux. Auprès des Indiens. Qui s’appellent Hurons.