Lautresite, le jour, 13 mai 03

 


Dit-on des gens "d’origine"? Certifiés "d’origine" ? Qualité main-d’œuvre ? Satisfait ou remboursé ? Quelle(s) origine(s), ces gens ? (On admet le pluriel.) Et, sortant de bosquets humides, une ribambelle de gros lieux communs, en salopette fluo, enfilent des galipettes bruyantes qui captent l’attention bidonnée de badauds inattentifs. Des enfants, des adultes, pas de femmes. J’y ai été reçu comme les Marocains – princes des hôtes – reçoivent. De la nourriture (des sardines grillées et du pain, du citron et des herbes), du thé, le narguilé, de l’amitié, des conseils au sujet du quartier, je n’en suis sorti qu’en donnant l’assurance de mon prochain retour. J’ai tout de même glissé la question qui brûlait : suis-je le premier… ? Il me fut assuré que oui. Cela ne me parut pas croyable. N’hésitons pas à affirmer que les « Belges », du quartier et du monde entier, et tous les autres par ailleurs, manquent certainement de quelque chose en ne s’y rendant pas. Et souvent encore ! Serait-ce timidement qu’on affirmerait sans crainte pourtant qu’ils manquent surtout de curiosité ? On préfère parler de peurs, de différences surlignables et surlignées. On drague les interstices, où l’on ne voit point de pont, on sillonne, on aiguillonne, guillerets, les canyons, qu’on nomme fossés ; on croit, surtout, avoir trouvé les mines de nos différences. Chacun sa galerie. Chacun son filon. « Faire société », ensemble, de fait, ce n’est pas attendre que d’autres gens, nos voisines, nos frères, nous ressemblent, pour leur adresser des paroles d’amitié.

En Europe, les discours rapetissent, se tuméfient, se renfrognent, tablent sur la rase campagne, et cela me pèle les œufs. On parle "d’élargissement", c’est de strangulation qu’il s’agit.