En ce jour du mardi
13 mai 2003. Nous ne ferons pas la grève générale,
les 13 mai y sont pourtant propices. Mais aujourd'hui Paris n'est plus
à une heure vingt de TGV de Bruxelles qui est à six jours
de ses élections fédérales et il n'est pas encore
question ici de débrayer. On va donc en profiter pour continuer
de développer un peu le programme, ce sera notre manière
de défiler. Aujourd'hui, nous lutterons contre la superposition.
La superposition annule le croisement. Prenez, je ne sais pas, un journal
télévisé, par exemple. Dans un journal télévisé,
sans doute vivons-nous sous le règne de la rubrique — l'international
n'est pas le local quand la culture n'affère pas à la science
— mais encore sommes-nous amenés à nous rendre souvent
à des évidences traduites par des formules comme "tout
autre chose" ou "ceci est sans aucun rapport avec ce qui précède"
et même encore "sans transition". Alors que, bien évidemment,
au moins autant que la mise en contexte (lieu idéal d'un service
public idéalisé), ce sont bien entendu les liens —
fussent-ils souterrains, dussions-nous creuser pour les trouver, faille-t-il
sonder profondément les reins et les cœurs — qui peuvent,
à certains égards, fournir la maille là où
nous n'avons encore que le point. Le débit de l'information (j'emploie
ici le terme "débit" comme s'il s'agissait du produit
de la mise à blanc d'une forêt), ce débit qui n'a
le souci que de l'élocution est en vérité une manière
de rendre inaudible ce qui sourd, tandis que le métier serait de
le rendre inouï, c'est-à-dire jamais entendu. |
J'y pensais vendredi dernier, je crois, alors que dans le même feuilleton
quotidien de l'information, l'on parla un moment, d'Oussama Ben Laden
et de cette théorie selon laquelle il n'aurait pas survécu
à l'amputation de son bras gauche, tandis qu'un peu plus tard,
au rayon des histoires extraordinaires, l'on évoqua cet alpiniste
américain se sectionnant l'avant-bras droit à l'aide d'un
couteau de poche pour se dégager d'un rocher encombrant. Il n'est
pas si courant que la scénarisation de l'information fournisse
deux bras coupés le même jour. Je n'en tire aucune sorte
de conclusion, je note simplement la simultanéité de ces
moignons dans l'actualité et me demande, si d'aventure, il n'y
en avait pas d'autres cachés sous les monceaux de l'information
de ce jour-là. C'est toute la question du hors champ, si souvent
convoqué dans la critique de l'image télévisée.
Traquer le hors champ de l'événement : deuxième axe
de notre programme. PS. Emporté par une fougue contre le socio-artistique, je disais hier que l'opération "Immeubles en fête" se tiendrait ce mardi. Erreur, c'est la semaine prochaine. |
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