Lautresite, le jour, 12 mai 03

 


Inanimé de pensées obèses, l’autre est tout à sa tâche. Je lui demande :
- Pourquoi à ma porte ?
La massive imperturbabilité du canasson buté. Silence radio. Je fais comme si y’avait rien. Qu’y doit se dire, le gars.
Je sais que je ne dois pas le brusquer. Néanmoins je reste là. À deux pouces de lui proposer de tirer son caddie. Tu me crois ? Finalement il dit :
- C'est pour les Flamands ! (agressif mais mollement)
- Seulement, ce serait intéressant pour tout le monde. (sournoi)
- Borgerhout is Vlaams, dit-il, Borgerhout est Flamand, traduisis-je.
Il ajoute :
- Le reste ne compte pas !
Me vient l'idée de distribuer les prospectus dans les autres boîtes. J'en prends un, me dirige à la porte voisine. Elle s'ouvre. Un vieux gars en djellaba. Il a repéré l’infâme publication. Je me sens obligé de lui dire c'est pas moi, c’est lui :
- Cet homme, là, distribue ça, mais seulement chez « les Belges ». Je me disais que ça vous intéresserait.
C’est tout ce qui est sorti. Mais l'homme est complaisant. L’autre n'en demande pas plus. Il file au coin. Suivi du caddie, penaud. L’homme en djellaba me dit en français :
- Ça leur arrive d’en mettre ici. Ou les déposer en tas au coin des rues. Pour qu’on les voie. Mais ils ont peur. Si la porte s’ouvre. Comme pour toi. Dans d’autres quartiers, ils vont pas… Mais nous on a jamais frappé personne.
La peau des pieds me rappelle qu’ils sont glacés. Je lui donne le torchon.