Lautresite, le jour, 12 mai 03







Les


dauphins


ivres




Il habite Antwerpen, enfin il réside à Anvers.
Anvers est cette ville de Belgique dont on peut croire qu'elle sera peut-être bien le centre des élections législatives du 18 mai prochain.
Il y a toutes sortes d'extrémistes là-bas et des élus locaux qui font des fariboles.
Pierre Duys fait cela, d'accompagner une campagne en contournant les arbres et les forêts.
Ses carnets seront publiés quotidiennement, d'ici à ce que nous sachions vraiment quoi faire d'Anvers, à la fin. Par Pierre Duys
 










Episode 4


Encore reçu la propagande du v.b. dans la boîte aux lettres ce matin. Quadrichromie, 8 pages. Tombé à mes pieds, j’allais ouvrir la porte. Rageur, je le foule dans un mouvement sacca… Non, je déconne. Ce que je fis ? Je voulais voir qui le distribue. J’ouvre la porte sèche. Un vieil homme gris tire un vieux caddie de vieille toile teintée de vieilles lignes blanches, vertes, rouges, sur fond bleu, une pile de clinquants prospectus posée au fond. Peut-être un retraité de la poste. Il porte une veste estampillée «De Post». C’est sa pelisse de camouflage. Il avance en crabe, porte-à-porte. Il hésite. Je ne comprends pas qu’il scrute les noms inscrits, gribouillés, sur les sonnettes. Il choisit les portes. Les signes à consonances, réglementaires, agréés, animent sa vieille main vers la fente. On aura compris où il glisse. Il ne touchera pas aux autres. Pour ne pas dire «il élimine les autres». Matin ensoleillé. Dix jours qu’il pleuvait des lacs. À l’aube du printemps, les dalles des trottoirs ne réchauffent pas mes pieds nus. Pourtant il me brûle de lui demander comment il choisit les boîtes, les belges boîtes.. non ! les flamandes boîtes, les blanches boîtes, tout ça. Juste l’emmerder. Je traverse la rue, calme. C’est l’occasion d’une chouette rencontre.