En ce jour du lundi 12 mai 2003. On va profiter de cette semaine électorale pour développer un peu le programme. Commençons par ceci puisque, demain mardi, Bruxelles vivra sa première édition des "Immeubles en fête", idée francilienne consistant à créer de la rencontre entre voisins de palier à l'heure de l'apéro. Et parlons donc de la production du "vivre ensemble" qui semble désormais devenue une sous-culture, avec ses catégories et ses embranchements au nombre desquels le "socio-artistique" occupe aujourd'hui une place considérable. Entre démocratisation culturelle et assistance occupationnelle, le "socio-artistique" mobilise, par exemple, des vaches en polystyrène designées par des artistes, peintes par des enfants et distribuées ensuite dans les rues de Bruxelles ; il invite les gens à passer des nuits blanches pour ne plus avoir peur des autres ; il fait des parades dans les rues des centres-villes usant communément de méthodes foraines, et s'occupe donc dorénavant des relations de bon voisinage. Sa vocation est de réchauffer le cœur des gens afin de leur arracher un sourire, un contentement ou une émotion : il fait partie de cet arsenal du "faux" social qui n'entend en vérité répondre ni correspondre à autre chose qu'à son objet propre. Il est par exemple parfaitement inopérant pour ce qui serait d'Arcelor, mais convient totalement pour une demande de subvention. |
L'idée maîtresse du "socio-artistique" est de montrer
que les choses sont possibles. Mais montrer que des choses sont possibles
ne les rend pas réalisables pour autant et cela paraît même
très exactement la raison de l'engouement des pouvoirs publics
pour ces idées. Intervenir en surplomb sur des situations sociales,
c'est bien évidemment contribuer à les cadenasser. Ces "immeubles
en fête", par exemple, institutionnalisent d'innombrables initiatives
prises par des gens entre eux, en rue ou en quartier, depuis bien des
années déjà. Le "socio-artistique" débarque
avec sa médiatisation et son sponsoring (car l'apéro, c'est
bien entendu Martini) là où, auparavant, l'on avait été
effleuré par le souffle libertaire d'une rue déclarant son
indépendance devant l'indifférence et les fatalismes urbains.
Car le "socio-artistique" est mitoyen là où il
se prétend citoyen. Il marque la séparation, il installe
des statistiques, il conduit à la culpabilisation. Il ne supporte
pas l'amateurisme de l'intimité et lui oppose le professionnalisme
de la publicité. Au bout du compte, s'il entend "faire société",
ce doit être au sens commercial du terme. Premier point du programme
donc : la lutte contre le socio-artistique et la création de milliers
de petits Vietnam dans nos rues... |
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