Il y a deux bancs sur une berge surélevée. Des langues
vaseuses au pied de champs de roseaux couleur de pain doré, des
cols verts, des hérons, des goélands, tous suicidaires
dirait-on. On se demande si les quatre îliens —car c’est
une sorte d’île encadrée de marais, d’arbres
fruitiers prometteurs de prunes violentes, de ramures mortes où
pendent des déchets de plastic que des tempêtes ont soulevés—
ont reçu des pastilles de sodium, je crois, en cas de fuite nucléaire.
On pense à Seveso. À l’Union Carbide, si je me souviens.
Tchernobyl, dont les nuages mortels stoppaient leurs envolées
aux frontières. On s’assoit, et l’on voit le feu
sacré rentrer dans la tripaille des atomes, sans spasme. Attentif,
on verra Chronos lui-même, luisant comme l’acier poli, à
l’abandon, s’écouler vers la Mer du Nord. Ça
sentirait le viking interstellaire, on ne s’en étonnerait
pas. Les mouettes suspendent leurs ailes aux nuages rougeoyants. Zeus
ferme sa gueule. Ce soir, il n’emmerdera pas son père pour
qu’il ranime ses frères ; car ils sont là, devant
toi, petit bruxellois de mes fesses, qui s’extasiait devant un
coucher de soleil, un coucher de soleil ! ha ! où çà
? Penché sur la butte du Palais de Justice, juché sur
les balustrades d’une école de morts argentés ?
À Anvers, le sais-tu mon gars, il y a même une plage ?
De sable. Eh oui ! Du vrai, comme à la mer. Une vraie plage au
bord de laquelle des fonctionnaires cocasses ont osé planter
deux panneaux. L’un, à l’Est, prévient qu’on
ne peut s’y baigner et, en le voyant, on se dit qu’il est
sage effectivement de ne pas se baigner dans l’Escaut, si l’on
tient à sa peau ; l’autre, à l’Ouest, à
la sortie du coude, permet la baignade. D'où esclaffements. J’y
ai même fait tournoyer un cerf-volant pendant que trois scootistes
des mers cabriolaient comme des dauphins ivres.