Lautresite, le jour, 9 mai 03

 


Il y a deux bancs sur une berge surélevée. Des langues vaseuses au pied de champs de roseaux couleur de pain doré, des cols verts, des hérons, des goélands, tous suicidaires dirait-on. On se demande si les quatre îliens —car c’est une sorte d’île encadrée de marais, d’arbres fruitiers prometteurs de prunes violentes, de ramures mortes où pendent des déchets de plastic que des tempêtes ont soulevés— ont reçu des pastilles de sodium, je crois, en cas de fuite nucléaire. On pense à Seveso. À l’Union Carbide, si je me souviens. Tchernobyl, dont les nuages mortels stoppaient leurs envolées aux frontières. On s’assoit, et l’on voit le feu sacré rentrer dans la tripaille des atomes, sans spasme. Attentif, on verra Chronos lui-même, luisant comme l’acier poli, à l’abandon, s’écouler vers la Mer du Nord. Ça sentirait le viking interstellaire, on ne s’en étonnerait pas. Les mouettes suspendent leurs ailes aux nuages rougeoyants. Zeus ferme sa gueule. Ce soir, il n’emmerdera pas son père pour qu’il ranime ses frères ; car ils sont là, devant toi, petit bruxellois de mes fesses, qui s’extasiait devant un coucher de soleil, un coucher de soleil ! ha ! où çà ? Penché sur la butte du Palais de Justice, juché sur les balustrades d’une école de morts argentés ? À Anvers, le sais-tu mon gars, il y a même une plage ? De sable. Eh oui ! Du vrai, comme à la mer. Une vraie plage au bord de laquelle des fonctionnaires cocasses ont osé planter deux panneaux. L’un, à l’Est, prévient qu’on ne peut s’y baigner et, en le voyant, on se dit qu’il est sage effectivement de ne pas se baigner dans l’Escaut, si l’on tient à sa peau ; l’autre, à l’Ouest, à la sortie du coude, permet la baignade. D'où esclaffements. J’y ai même fait tournoyer un cerf-volant pendant que trois scootistes des mers cabriolaient comme des dauphins ivres.