Lautresite, le jour, 9 mai 03

 





La « wasserette » (laverie automatique) : un no man’s land. Les chaussettes relaient des pratiques de tempérance. Les culottes parlent aux caleçons molletonnés. Slip ou boxer ? Commode. Charge émotionnelle. Supposés célibataires. Les conventions repassent. Tu me prêtes ton adoucissant ? On sèche ensemble ? On range les paniers, les sacs en osier. Elles disparaissent dans l’intimité de lingettes dévoilées. Mise à nu.

Lorsque le soleil se couche sur les eaux plombées du fleuve, on se promène en face, à l’horizon des industries du port, devant la centrale nucléaire comme un chapeau turc et gris, au loin. Il y a même une réserve naturelle. Des canotiers. Des couples à l’abri des coutumes qui les séparent par ailleurs. Plus loin encore, Lillo. Un bout du monde rescapé. Un port minuscule. Un ancien fortin qui veillait sur les inspirations maritimes de l’Escaut. Les vaguelettes de sable grisonnant sous les coques asséchées d'esquifs griffons abandonnées à l’hiver. On croise les marins amarrés qui repeignent les carcasses de buffles flottants dont l’œuvre est de tirer les géants. Cinq mille chevaux. « Et c’est pas des poneys », me dit l’un. Tirant par un câble comme mon bras, en acier filé et tressé, des monstres de cent quarante-cinq milles tonnes. Un à l’avant, l’autre à l’arrière, celui qui dirige la manœuvre. Parfois à reculons, pour passer les écluses aux entrées du port.