La « wasserette » (laverie automatique) : un no man’s
land. Les chaussettes relaient des pratiques de tempérance. Les
culottes parlent aux caleçons molletonnés. Slip ou boxer
? Commode. Charge émotionnelle. Supposés célibataires.
Les conventions repassent. Tu me prêtes ton adoucissant ? On sèche
ensemble ? On range les paniers, les sacs en osier. Elles disparaissent
dans l’intimité de lingettes dévoilées. Mise
à nu.
Lorsque le soleil se couche sur les eaux plombées du fleuve,
on se promène en face, à l’horizon des industries
du port, devant la centrale nucléaire comme un chapeau turc et
gris, au loin. Il y a même une réserve naturelle. Des canotiers.
Des couples à l’abri des coutumes qui les séparent
par ailleurs. Plus loin encore, Lillo. Un bout du monde rescapé.
Un port minuscule. Un ancien fortin qui veillait sur les inspirations
maritimes de l’Escaut. Les vaguelettes de sable grisonnant sous
les coques asséchées d'esquifs griffons abandonnées
à l’hiver. On croise les marins amarrés qui repeignent
les carcasses de buffles flottants dont l’œuvre est de tirer
les géants. Cinq mille chevaux. « Et c’est pas des
poneys », me dit l’un. Tirant par un câble comme mon
bras, en acier filé et tressé, des monstres de cent quarante-cinq
milles tonnes. Un à l’avant, l’autre à l’arrière,
celui qui dirige la manœuvre. Parfois à reculons, pour passer
les écluses aux entrées du port.