Lautresite, le jour, 9 mai 03

 


Le théâtre de la ville joue Shakespeare, Molière (en flamand sous-titré français), Jan Fabre dont on dit qu’il est… je ne sais plus quoi au juste… génial ? Un de ces mots dont on ferait mieux de se méfier si on se le voit coller sur le dos en dehors du Carnaval. Les Anversois idolâtrent leur cité. Ils plantent des héros chétifs qui pousseront, au sommet de leur gloire commune, sur d’autres socles, sur d’autres places, se répliquant, sur des avenues lumineuses. Il faut dire que la ville est belle. Pas uniquement en attraits touristiques, ni seulement les quartiers historiques. Des anachronismes architecturaux cotoyent des touffes de roseaux sous une antique passerelle à coulisse, des rues ombellifères, un quai glorieux que fit creuser Napoléon soi-même, de vieilles usines hirsutes et ocres, des cloîtres doucereux ou gothiques, inviolables si on ne s’y attarde pas, des cours décorées, des avenues généreuses caressées, en tremblant, par des hêtres magistraux. ‘t Eilandje, un lieu-dit, qu’on nomme sans la trouver sur une carte, la petite île. Pas de sommet. Plaisant pour le bipède cycliste.

Les initiatives culturelles subsidiées par la ville me paraissent circonflexes, obtuses, spectaculaires, loin des problématiques de la situation. L’art c'est money. L’art c'est beau. Belles biches. Les artistes tournent, de lieu saint en lieu saint. Chômeurs (il n’y a pas de statut), ils paradent dans les bistrots agréés. S’insurgent entre eux du « problème v.b. » Leurs créations sont abstraites. On parle par affiches interposées. Même politiques. Collées aux vitres borgnes. Minimales. Lapidaires. Zappings. Par exemple, rue de la Vieille chaise, on lit : « Het eigen volk zegt nee aan het vlaams blok ». Le « notre peuple » dit non au v.b. Mais on manifeste contre la guerre en Irak, jamais contre les fascistes. Est-on vraiment opposé ?