Par exemple, lorsqu’on croise quelqu’un dans la rue, qu’on
sente son regard sur soi, si l’on détourne la tête
pour la/le regarder, à de rares exceptions – qu’il
convient de cultiver – le regard fuit, se détourne au contact
esquissé. Mes sens me disent : peur. Sont-ils si conditionnés
? Attitude provinciale ? Pouf pouf, Moi Je viens de la Capitale.
Quoiqu’il en soit des gens vivent ici qui sont nés ailleurs,
de villes plus modestes. De provinces villageoises. Ils ont l’impression
d’être arrivés dans une métropole importante,
osons dire mondiale. Ce qui, en soit, n’est pas faux. Mais la
ville n’est pas grande. Le bout de terre lové sur un méandre
du fleuve, que les anversois appellent Het Stad (La Ville, comme l’Unique),
Antwerpen, A’pen, n’est pas vaste. On en fait le tour en
trois quarts d’heure, à pied. Mais si l’on admet
la périphérie des quartiers situés par-delà
« de Singel » (la Ceinture), Anvers est une cité
de taille où l’on s’active à fabriquer de
la richesse, à transborder des richesses, à confectionner
le pain de ceux qui fabriquent la richesse, des parures pour celles
qui marient ceux qui fabriquent la richesse, des sceptres pour ceux
qui prient pour la sainte richesse, les pauvres, et tous les agréments
qu’octroit la richesse.
La télévision flamande est fière d’annoncer
que les Flandres, ex-aequo avec un département danois, mais surtout
les Flandres, sont la région la plus riche d’Europe.
Les carnets de Pierre Duys paraissent quotidiennement