Lautresite, le jour, 8 mai 03

 


Ici, on m’appelle francophone. Je parle assez mal l’anversois. Je me fais comprendre et je comprends. Pas toujours exactement. Avant tout, c’est une question d’accent. Il est arrivé qu’on m’observe comme un étranger. Cherchant un salaire on me rétorque que parce que mon flamand, etc. C’est une question d’argent. Si je dis : je viens de Bruxelles (dernière et seule ville administrativement bilingue en Belgique fédérale), on ne comprend pas que je ne parle pas un Flamand mieux élaboré. Si je dis : je suis parisien, on s’étonne, positivement. Et, tu habites ici !? On me loue pour mon Flamand excellent.

Pour qui aime parler, au hasard de rencontres, aux inconnues, aux flâneurs, la réaction la plus banale est, au mieux, de l’étonnement, sinon du silence, une fausse indifférence, du déni. Genre : c’est qui se bargeot ? Je rencontre peu de spontanéité. On parle entre soi. En « communauté ». (Mon texte parsemé de guillemets, j’en connais la lourdeur, l’équivoque. On voudra comprendre, d’un côté, mon désir de ne pas adopter le langage de ceux que je dénonce ; d’un autre, qu’il faut tout de même l’utiliser, à cet effet.) Il ne semble pas « dans les normes », en dehors du travail, des obligations quotidiennes, d’adresser la parole à quiconque d’une communauté qui n’est pas « la sienne ». Cela peut être fastidieux, incongru, risible, voire suspect. Il faut du temps, prouver les bonnes intentions. Les gens se jaugent et se jugent. J’ai la sensation qu’ils s’épient. Est-ce par mimétisme avec une attitude consommée ici ? Est-ce à lire les insanités de la propagande des fascistes du v.b. ? (On m’objectera que le terme est trop fort. Et moi j’objecterai que ceux qui objectent n’ont qu’à venir lire pour se faire une idée. Si après cela ils veulent dire « populistes », qu’ils le disent. Moi pas. D’autre part, v. b. c’est «vlaams blok» , autant dire «bloc flamand», voilà c’est dit. Qu’on ne compte pas sur moi pour le réecrire en toutes lettres.)