Lautresite, le jour, 8 mai 03
   

(...) Il est désormais de notoriété publique, que le mouvement sanglant dont il s'agit avait un caractère nettement politique tendant à l'indépendance complète de l'Algérie et au refoulement des Français au-delà de la Méditerranée. Deux importants groupements, entre autres, aspiraient à ce but : les "Amis du Manifeste", conduits par Ferhat Abbas, Délégué financier et Conseiller Général de Sétif (qui, dit-on, fréquenta naguère M. Murphy), et le Parti populaire algérien, créé par Messali, interné depuis plusieurs années et transféré récemment en A.E.F. Quelles furent les causes de ce soulèvement raté ? Il faut les attribuer tout d'abord aux conditions de vie pitoyables des masses indigènes, puis à l'insuffisance de développement éducatif et social de ces populations, à leur ravitaillement par trop mal organisé et par trop précaire, comme aussi, —il faut le souligner— à la paresse et à l'indolence traditionnelles de la majorité des autochtones, qui ne font rien pour contribuer à l'amélioration de leur sort et qui ne sont nullement mûrs, ni capables d'assurer la vie et l'indépendance de leur pays ; enfin, le panarabisme du Caire et la politique anti-française des dirigeants musulmans de Syrie et du Liban ne les laissent pas insensibles, au contraire. Influencés par toutes ces raisons, les meneurs crurent pouvoir profiter de la première journée des réjouissances populaires, qui ont suivi partout l'annonce de la fin de la guerre, pour déclencher leur coup de force en Kabylie des Babors, dans le Département de Constantine. Il fut horriblement sanglant, les émeutiers tuèrent et saccagèrent d'atroce façon, mais la répression fut à la fois rapide, violente et très étendue. Le communiqué officiel indique que, du côté franco-européen, 67 morts et 47 blessés constituèrent le bilan de cette tragique journée; il tait volontairement les graves résultats de la répression policière et militaire. La rumeur publique affirme avec persistance que les chiffres officiels sont sensiblement inférieurs à ceux de la réalité, et prétend aussi avec non moins de persistance que les interventions de la police, de l'armée, de l'aviation et même de la marine de guerre massacrèrent des milliers d'indigènes et rasèrent plus ou moins complètement plusieurs agglomérations kabyles. Les émeutes, on le sait, furent rapidement étouffées. Depuis lors, les mesures puissantes de sécurité militaire se sont multipliées. Le calme règne à nouveau. Mais, parmi les Européens, l'inquiétude persiste et réduit considérablement les déplacements à l'intérieur; le tourisme et les villégiatures en montagne sont, pour l'été prochain, sérieusement compromis. L'extrême sévérité de la répression permet d'envisager que de nouveaux troubles de même nature ne sont pas imminents. Mais il n'en est pas moins vrai que le soulèvement des indigènes et la lutte pour l'indépendance de l'Algérie restent à l'état latent. (...) La guerre est terminée en Europe. Les appétits de certains vainqueurs se multiplient. L'entente interalliée est soumise à de rudes épreuves. Les peuples "protégés" veulent ou voudront aussi la libération. Et la paix reste à faire, partout. Que nous réserve cette œuvre de titans ! (...) Rapport du Consulat de Suisse en Algérie daté du 12 juin 1945 à propos des manifestations de Sétif et de leur répression survenues, le 8 mai 1945. Ces événements feront des milliers de victimes parmi les populations locales.