Lautresite, le jour, 7 mai 03

 



Anvers est l’une des grandes cités du diamant. Ici, on dit : la capitale du diamant. Ici, on cisèle, dit-on aussi dans les prospectus, parmi les collectionneurs, les starlettes, les plus belles pierres. Ici, les artisans sont les plus compétents, faut-il le redire ? Les pierres de moindres qualités sont travaillées en Asie, à Amsterdam, en Afrique du Sud. Ici, on ne stigmatise pas les riches « étrangers » au sujet de leur nationalité mais à l’évocation de leur richesse, de sa légalité. On dit, les juifs n’aiment pas les Pakistanais, qui n’aiment pas les Indiens, etc… Ce sont des concurrents. (L’on importe aussi ses propres frontières.) À la fin de l’enchaînement, les Anversois n’aiment personne. C’est caricatural et ironique, en même temps c’est assez juste de le dire. Chacun vit au sein de « sa » communauté. Ces frontières ne sont pas abstraites. Les passeports qui permettent de les franchir prennent des formes inattendues, parfois. Plus souvent on ne les attend plus. Les communautés sont cloisonnées. Les Pakistanais monopolisent une pelouse du Stadspark (Parc de la Ville) pour y jouer au cricket, mais entre eux. Il y a des écoles privées spécifiques pour chaque communauté. Des caméras de surveillance, des gardes devant des portes blindées. Les écoles de l’État accueillent qui veut y apprendre. Peu de familles de riches commerçants (exceptés les exécutants les plus modestes, les idéalistes ?) choisissent pour leurs enfants les établissements publics.



Les carnets de Pierre Duys paraissent quotidiennement