Lautresite, le jour, 7 mai 03

 






On parle de Borgerhout comme d’un ghetto. Sous-entendu un ghetto marocain (depuis 20 ans m’a-t-on dit). Sous tendu, aujourd’hui : un ghetto d’ « étrangers ». En fait de ghetto c’en serait un de pauvres gens. Des voyageurs, des curieux, cherchant aventure, le refuge, la paix, venus du monde. Mais nulle palissade, ni murs barbelés, ni limité par des portes sourdes, ce n’est pas un ghetto. J’y vois une promesse métissée. Quoi qu’en disent les souffleurs de braises.
On y entend des mots élancés. On assiste, émus, aux naissances de rythmes assurant qu’on est décidément pas tout seul, du possible, de langues inouïes. Sur les affichettes des magasins de cabines téléphoniques on lit les noms des pays qu’on ne prendra pas le temps de goûter, ce sont des billets d’aviation imaginaires, j’ai envie d’y entrer, de feuilleter un annuaire du Bengladesh, ou du Bouthan, de choisir un numéro (des lettres de là-haut je n’entends rien), d’appeller comme on appelle un frère encore inconnu, une mère ignorée sortie des replis silencieux de l’espace et du temps, descendante d’ancêtres voyageurs, qui récolte à l’instant le sirop à l’entaille d’érables enguirlandés. Par simplette extension on déduit la présence du monde entier. C’est donc un creuset, pas un ghetto. On sait que le résultat de la distillation dépend de celui qui l’opère.