Lautresite, le jour, 6 mai 03




Quand M. Herbert Hoover s'en va-t-en guerre.
Le discours belliqueux prononcé devant les propriétaires de journaux par l'ancien président des Etats-Unis, Mr Herbert Hoover, a provoqué une véritable indignation, mêlée d'ailleurs de consternation, dans les couloirs de Lake Success. Ce n'est pas la première fois qu'une voix s'élève aux États-Unis en faveur de la transformation des Nations-Unies en un organisme tout à fait différent, en un groupement de nations décidées à rompre toute espèce de contact avec la Russie soviétique, à mettre cette dernière au rancart jusqu'au jour où il serait possible de l'annihiler. Mais jusqu'à présent les avocats d'une politique semblable étaient des gens sans mandat et généralement sans crédit, porte-parole de la presse Hearst, avocats de Franco ou des diverses formes du fascisme. Pour la première fois, leur thèse a été reprise par un homme qui occupa la première magistrature des États-Unis, par un homme qui, malgré les fautes et les erreurs de sa vie politique, n'en continue pas moins à jouir d'un certain prestige dans une partie de l'opinion américaine. Et le fait que la majorité de son auditoire -composé de 87% de républicains d'après les constations des organisateurs du banquet- ne s'est pas contentée d'applaudissements polis mais a réservé à l'ancien président une véritable ovation, est considéré dans les milieux des Nations-Unies comme un signe extrêmement redoutable.
La première réaction, aussi vive et spontanée qu'énergique, fut celle de Mme Roosevelt (la veuve de Franklin Roosevelt ndlr). (...) "La proposition de M. Hoover de constituer une nouvelle organisation internationale d'où seraient exclus, avec la Russie soviétique, tous les pays ralliés à l'idéologie communiste, constitue un pas évident dans la direction de la guerre", s'est écriée Mme Roosevelt. (...)
Dans l'ensemble, les délégués de tous les pays représentés ici partagent l'opinion de Mme Roosevelt au sujet de l'initiative inconsidérée de M. Hoover. Suivre celui-ci, ce serait à leur avis, renoncer à toute possibilité d'empêcher le déclenchement de la troisième guerre mondiale.



Ils ajoutent qu'une nouvelle organisation des Nations Unies dans le genre de celle prônée par M.Hoover ne recueillerait l'adhésion que d'une minorité des pays non communistes, car nombre d'entre eux, à commencer par l'Inde, le Pakistan, Israël et plusieurs républiques de l'Amérique du Sud resteraient à l'écart d'un groupement pareil.
La presse américaine est assez embarrassée. (…) Le New York Times écrit: "Songer à réorganiser maintenant les Nations-Unies, ce serait perdre le bénéfice de tout ce qu'elles ont fait de bien, en dépit de l'obstruction soviétique. Il est évident que l'Union Soviétique s'efforce de s'opposer à la volonté de la majorité, presque sur toutes les questions, et cela grâce à la double technique du veto et du boycott. Mais ce n'est pas une raison pour accepter la défaite de l'idée même des Nations- Unies et de mettre fin à l'expérience. Le moment n'est pas venu de renoncer à la fois à notre patience et notre fermeté".





Le 6 mai 1950, le quotidien "Le Soir" publiait en première page un article de son correspondant aux Etats-Unis, faisant allusion aux propos tenus par l'ex-président, M.Hoover, pour disqualifier les Nations-Unies. Dans le rôle du mauvais, Herbert Hoover s'en prenait à la Russie soviétique. Ce discours assez musclé fut prononcé lors d'un dîner organisé par l'Association des patrons de journaux . Preuve que l'instrumentalisation de la presse ne date pas d'aujourd'hui. Cinquante trois ans plus tard, les républicains rêvent toujours d'une alternative aux Nations-Unies. On lira malgré tout que la presse américaine avait quelques réserves par rapport à ces propos provocateurs…