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Quand M. Herbert Hoover s'en va-t-en guerre. Le
discours belliqueux prononcé devant les propriétaires de
journaux par l'ancien président des Etats-Unis, Mr Herbert Hoover,
a provoqué une véritable indignation, mêlée
d'ailleurs de consternation, dans les couloirs de Lake Success. Ce n'est
pas la première fois qu'une voix s'élève aux États-Unis
en faveur de la transformation des Nations-Unies en un organisme tout
à fait différent, en un groupement de nations décidées
à rompre toute espèce de contact avec la Russie soviétique,
à mettre cette dernière au rancart jusqu'au jour où
il serait possible de l'annihiler. Mais jusqu'à présent
les avocats d'une politique semblable étaient des gens sans mandat
et généralement sans crédit, porte-parole de la presse
Hearst, avocats de Franco ou des diverses formes du fascisme. Pour la
première fois, leur thèse a été reprise par
un homme qui occupa la première magistrature des États-Unis,
par un homme qui, malgré les fautes et les erreurs de sa vie politique,
n'en continue pas moins à jouir d'un certain prestige dans une
partie de l'opinion américaine. Et le fait que la majorité
de son auditoire -composé de 87% de républicains d'après
les constations des organisateurs du banquet- ne s'est pas contentée
d'applaudissements polis mais a réservé à l'ancien
président une véritable ovation, est considéré
dans les milieux des Nations-Unies comme un signe extrêmement redoutable.
La première réaction, aussi vive et spontanée qu'énergique,
fut celle de Mme Roosevelt (la veuve de Franklin Roosevelt ndlr). (...)
"La proposition de M. Hoover de constituer une nouvelle organisation
internationale d'où seraient exclus, avec la Russie soviétique,
tous les pays ralliés à l'idéologie communiste, constitue
un pas évident dans la direction de la guerre", s'est écriée
Mme Roosevelt. (...)
Dans l'ensemble, les délégués de tous les pays représentés
ici partagent l'opinion de Mme Roosevelt au sujet de l'initiative inconsidérée
de M. Hoover. Suivre celui-ci, ce serait à leur avis, renoncer
à toute possibilité d'empêcher le déclenchement
de la troisième guerre mondiale.
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Ils ajoutent qu'une nouvelle organisation des Nations Unies dans le
genre de celle prônée par M.Hoover ne recueillerait l'adhésion
que d'une minorité des pays non communistes, car nombre d'entre
eux, à commencer par l'Inde, le Pakistan, Israël et plusieurs
républiques de l'Amérique du Sud resteraient à
l'écart d'un groupement pareil. La
presse américaine est assez embarrassée. (…) Le
New York Times écrit: "Songer à réorganiser
maintenant les Nations-Unies, ce serait perdre le bénéfice
de tout ce qu'elles ont fait de bien, en dépit de l'obstruction
soviétique. Il est évident que l'Union Soviétique
s'efforce de s'opposer à la volonté de la majorité,
presque sur toutes les questions, et cela grâce à la double
technique du veto et du boycott. Mais ce n'est pas une raison pour accepter
la défaite de l'idée même des Nations- Unies et
de mettre fin à l'expérience. Le moment n'est pas venu
de renoncer à la fois à notre patience et notre fermeté".
Le 6 mai 1950, le quotidien "Le Soir" publiait en première
page un article de son correspondant aux Etats-Unis, faisant allusion
aux propos tenus par l'ex-président, M.Hoover, pour disqualifier
les Nations-Unies. Dans le rôle du mauvais, Herbert Hoover s'en
prenait à la Russie soviétique. Ce discours assez musclé
fut prononcé lors d'un dîner organisé par l'Association
des patrons de journaux . Preuve que l'instrumentalisation de la presse
ne date pas d'aujourd'hui. Cinquante trois ans plus tard, les républicains
rêvent toujours d'une alternative aux Nations-Unies. On lira malgré
tout que la presse américaine avait quelques réserves
par rapport à ces propos provocateurs…
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