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Ce sera un an plus tard, fin septembre. Dans cette gare de l'Est, bâtie
avec la pompe austère des villes du Nord; dans cette gare de l'Est
où les rails parallèlisent la mélancolie; dans cette
gare de l'Est, enfin, Charles Cros et Paul Verlaine attendent Rimbaud.
En a-t-il rêvé de Paris ! Cela fait des mois que de ses lettres,
il chauffe la tête des poètes de la capitale. À Demeny,
il adresse la "lettre du voyant" ("Voici de la prose
sur l'avenir de la poésie…"), d'autres à
Banville, le boss des parnassiens; et à Verlaine encore…
Celui-là a répondu : "Venez, chère grande
âme, on vous appelle, on vous attend". Bien sûr,
sur le quai, quelque méprise : ils se loupent. Ils feront connaissance
rue Nicolet, chez Verlaine. De dix ans son cadet, Rimbaud a maintenant
17 ans et des yeux d'un bleu très étrange. 1,80m : il est
vite monté en graine et apporte dans ses bagages le manuscrit du
Bateau ivre.
"Rimbe" va rester six mois à Paris. Il reviendra de mai
à juillet 1872 et c'est tout. Peut-être un autre passage
éclair, mais bon... Rimbaud n'aime pas Paris, son âme à
lui va à la Commune et ses yeux contemplent l'ordre revenu, gros
de bouffissures bourgeoises. Paris ne vit que par le rêve qu'on
en fait, mais voilà : Rimbaud rêve de vie. Et la vraie vie
est ailleurs. Paris peut bien aller se rhabiller de complets hausmanniens…
Bientôt, ce sera Londres, Bruxelles, Milan. Puis Suez, Java, Harrar…
En attendant, Verlaine aime Rimbaud, il l'entraîne dans les musées,
dans les salons des poètes rebelles et dans les tavernes. Rimbaud
n'aime pas les peintures; il dégonfle les fauteuils des révoltés
en robe de chambre et retourne beugler dans les tavernes avec Verlaine.
Entre ces deux-là, le malentendu de l'amour.
T K
La série de Thierry Kübler paraît de façon hebdomadaire.
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