Lautresite, le jour, 5 mai 03
 


 

En ce jour du lundi 5 mai 2003. Une fois de plus tout était dans les mots, car qui pourra s'étonner, à la fin, que l'arc-en-ciel fût défait par les airs ? La question des avions est, en effet, lancinante. Hier, alors que nous regardions à la télévision la déclaration de la future ministre démissionnaire Isabelle Durant, quelque chose passa dans le ciel, toutes fenêtres ouvertes pour cause de beau temps, qui rendit le propos de suite moins audible. Pour l'étranger qui lit ceci, il est urgent de préciser que des élections fédérales se dérouleront en Belgique dans moins de quinze jours ; que le gouvernement (cette coalition libérale-socialiste-écologiste, nommée donc "arc-en-ciel") est en roue libre (assumant les "affaires courantes") ; et qu'hier, au terme d'un conflit de moins en moins larvé, une vice-Première ministre et ministre de la Mobilité, écologiste, fut déchargée d'une partie de ses prérogatives et fit le choix, une fois la nuit commencée, de présenter sa démission. En cause, les routes aériennes que doivent emprunter, au-dessus de Bruxelles, les vols nocturnes de ces avions qui, au juste, passent à la verticale de nos jardins. C'est une affaire curieuse de démissionner lorsque l'on est déjà plus totalement aux affaires.

C'en est une autre que le choix du thème de cette crise gouvernementale. On se gausse ici qu'un gouvernement se déchire sur des avions et pas sur l'emploi, pas sur la santé, pas sur la justice, etc… Comme quoi un avion jamais ne vaudrait une chute ministérielle. Mais l'avion, il est là. Il est partout : dans la faillite de la Sabena ou de la Swissair, dans les tours du World Trade Center, dans les thermomètres appliqués aux oreilles dans les aéroports, dans les rêves des habitants de pistes régionales attendant le courrier express à deux heures du matin, dans l'effet de serre, dans les étrangers débarquant directement en prison et dans ceux expulsés par charters, dans la nouvelle Moab : il est partout. L'avion est un marqueur contemporain, quelque chose dont Barthes eût pu se saisir. Virilio aussi pourrait dire des choses sur la vitesse et l'argent. Habituons-nous donc à ce que la défaite des idéologies mène à l'assomption symbolique. Le gouvernement s'est donc séparé sur cette question : qui allons-nous réveiller la nuit ? Icare est tombé pour avoir trop approché le soleil. Le gouvernement belge a chuté pour n'avoir pas su quoi faire de la lune.