Lautresite, le jour, 30 avril 03
 


 

En ce jour du mercredi 30 avril 2003. Les gaz à Ypres rappellent les armes de destruction massives chimiques ou biologiques que l'on ne trouve pas en Irak mais dont on se demande ce qu'elles sont devenues, en Afrique du Sud. La vente de l'appartement d'André Breton renvoie au pillage de Bagdad qui évoque les émeutes de Los Angeles, en continuant de frapper aux fenêtres de la première guerre mondiale, à quoi l'on revient par Jean Jaurès. Le déboulonnage de la statue de Saddam Hussein n'évite ni la décapitation de la sculpture monumentale de Pim Fortuyn ni la chute de la colonne Vendôme lors de la Commune de Paris, ni même le StatuePark de Budapest où sont entreposées les reliques du totalitarisme soviétique. Les résolutions de la SDN viennent cousiner cyniquement celles des Nations-Unies, par quoi l'on revient dans un sens à la Convention de la Haye et, dans un tout autre, au Plan Marshall. L'anniversaire de la libération du camp de Dachau vient se cogner aux centres de torture syriens tandis que les neuf ans du génocide rwandais ont à faire avec la prise de possession du Congo par Léopold II et à l'arrivée des missionnaires, dont la nouvelle actualité sera soulignée par le sénateur Jesse Helms avant la guerre irakienne, tandis qu'un autre prédicateur, toujours américain, Martin Luther King continue d'envoyer ses signaux.

En même temps que l'Arménie, le deuxième génocide du 20ème siècle, nous ramène aux Sudètes via Franz Werfel et le réseau Fry qui nous rappellent au tarot de Marseille des surréalistes qui se connecte avec les 55 cartes du jeu irakien. Les édits des Talibans éclairent les débats français sur le vote des femmes au début du siècle passé. Et le Vietnam qui ouvre et ferme ce mois où une guerre et une épidémie auront passé boucle les jours d'avril sur une autre chute de ville. Voit-on à présent mieux où l'on veut en venir ? Nous voulons dire qu'il n'y a pas d'en dehors. Qu'il n'existe pas de linéarité mais plutôt des lignes brisées et circonflexes. Que nous n'avons rien à prendre dans la chronologie, que nous sommes peu attachés aux horloges. Que le monde est rond et son centre partout. Voit-on mieux, maintenant, qu'il est question de provoquer la connivence et l'accident ? Ce que nous appelons la poésie politique, ce n'est pas grand-chose d'autre que cela : d'en terminer avec les imperméabilités, d'en finir avec l'insipidité des fatalismes, de contredire en nous tout ce qui ferait acceptation et soumission. Après tout ce temps, voyez-vous, nous restons terriblement amusés d'imaginer que la vraie vie continue d'être ailleurs.