Lautresite, le jour, 29 avril 03









Papiers

mâchés


Elle a quitté Alger en 1989. C'était le début des soulèvements. Objectivement, elle est partie continuer des études ; subjectivement, certainement pour beaucoup d'autres raisons. Depuis, elle a cherché des papiers.
Arrivée à Paris le 13 juillet 1989, la veille du bicentenaire de la Révolution française (elle a d'ailleurs pour le 14 juillet trouvé un job où, avec beaucoup d'autres, déguisés en révolutionnaires français, ils jouaient la prise de la Bastille en culottes et bonnets phrygiens pour des touristes essentiellement américains à l'hôtel Hilton; le comble était que tous ces révolutionnaires étaient arabes).
Un diplôme d'études approfondies en informatique puis une thèse en modélisation moléculaire (conception de médicaments par ordinateur). Pour financer ses études, professeur de mathématiques, puis chercheur et chargée de cours en informatique à l'université Denis Diderot, à Paris
Aujourd'hui, et depuis peu, elle a passé avec succès un concours de la Fonction publique et se charge de la mise en place et de la maintenance d'un gros logiciel national sur le campus de Jussieu.
Elle a eu sa carte de séjour de dix ans au bout de presque 15 ans, c'est-à-dire il y a deux semaines. Elle n'a rien ressenti. Ce fut mécanique. Elle habite Ménilmontant et a deux petites filles, Nour et Nejma. Par Fanny Bellahsene



 

Dernier épisode

Sur la route sinueuse le long des gorges de Palestro, nous revenons de Bougie, la ville de ma mère, une voiture manque de s'écraser dans un ravin ; c'est une voiture noire, genre traction avant. Elle va trop vite pour une trajectoire si tortueuse. Dans la Simca 1500 de papa, où il sent bon la bruyère cueillie, nous ressentons comme une frénésie environnante. Quelque chose s'est passé. Nous apprenons en arrivant à Alger que Boumediene est mort. Est ce possible ? Il était apparu, il y a quelques jours, dans son burnous noir et avait salué d'un geste qui ressemblait à un Adieu. Il court le bruit de l'empoisonnement. Officiellement, il est mort de cette maladie dont je ne sais plus le nom, la même qui a emporté Pompidou, une maladie réservée aux grands hommes.