Lautresite, le jour, 29 avril 03
 


 

En ce jour du mardi 29 avril 2003. Elle s'appelle Sira Miori. Elle est directrice de l'Institut italien de culture de Bruxelles, rue de Livourne. Elle dispose en Belgique d'une réputation que l'on dira solide et assurée. Elle organise, par exemple, des conférences qui ont pour titre "Penser l'Europe" ou "L’Islam en Europe: Intégration ? Diversité ? Ou... ?". Il s'agit d'une Italienne à l'ancienne, quelqu'un d'avant l'Italie de Berlusconi. Elles sait la peinture, elle sait la littérature, elle sait le cinéma. C'est une intellectuelle. Autant dire une démocrate. Elle s'appelle Pialuisa Bianco. Elle est éditorialiste pour «Il Giorno», «La Nazione» et «Il Resto del Carlino" ; elle est l'auteur de plusieurs livres polémiques, tel "Elogio del voltagabbana" — en français, "Éloge du retournement de veste" — dont les critiques disent aussi qu'il est particulièrement mal écrit et légèrement pensé. Elle était la première directrice féminine d'un quotidien, en Italie. Ce journal s'appelle "Independente". L'Independente est l'organe de la Ligue du Nord, la Ligue du Nord est le parti de Umberto Bossi, Umberto Bossi est le type qui a dit : "Haider est une étoile polaire dans le firmament de la politique" ou "Oui à la polenta, non au couscous". Pialuisa Bianco est ce que l'on appelle un "transfuge", dans l'environnement de Berlusconi.

Son mari est un démocrate-chrétien qui possède certaines clés de la "Maison des Libertés". Madame Bianco va remplacer bientôt Madame Miori. Le mandat de Madame Miori n'est cependant pas terminé. Mais on la rappelle à Rome et à l'ordre. Bruxelles anticipe ainsi une série de bouleversements dans les représentations culturelles italiennes à l'étranger. Le gouvernement Berlusconi n'en peut plus de cette image de la Péninsule mise à mal par ses fonctionnaires mêmes, des gens qui parce qu'ils ne sont pas chez eux s'imagineraient, par exemple, pouvoir penser. Il rénove les cadres, quitte à remplacer des petits maîtres par des croûtes. Pour reprendre l'aphorisme célèbre et apocryphe de Jean Monnet, Berlusconi, lui, continue donc par la culture. Dans quelques jours, l'écrivain Claudio Magris sera à Bruxelles. Il participera au premier "Literair rendez-vous littéraire" en compagnie de Jonathan Coe, Nadine Gordimer, Nancy Huston, Harry Mulisch, Hugo Claus ou Pierre Mertens. C'est Pierre Mertens, précisément, qui lance aujourd'hui une pétition pour sauver ce qui peut l'être de l'honneur culturel italien. Emboîtons-lui le pas. On n'est jamais qu'à soixante ans de la république de Salo, on n'est jamais qu'à deux mois de la présidence italienne de l'Union européenne.