Lautresite, le jour, 28 avril 03
 


 

En ce jour du lundi 28 avril 2003. Samedi, petit et court débat, enfin prise de parole légère, à propos de la guerre et de la paix. C'est le soir tard, ce sont des jeunes, ils assistent à des concerts, nous venons interrompre cela, nous sommes parfaitement inattendus. La paix maintenant ? Disons, après le concert en tout cas. Carole du MRAX, le mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie, présente la dernière campagne de son association : "La paix, ça commence entre nous". Dimanche, lecture en continu, ou presque, de "Qui a tué David Pearle ?" de Bernard Henri Lévy. L'enquête est époustouflante. On a déjà établi ici une défense et illustration de Lévy, on n'y reviendra pas (sauf à dire que dans la presse, aussi ce week-end, un article sur Godin, l'entarteur, mais qui met une tarte à l'autre en la circonstance, fort bonne question). Le personnage de Omar Sheik est au cœur de ce livre. Les services pakistanais, les doubles jeux, le fils le plus aimé de Ben Laden, l'implication de l'administration d'un pays de la coalition anti-terroriste dans le montage d'opérations terroristes —et les tours pourquoi pas—, enfin tout cela qui fait la thèse du livre— mais est-ce vraiment un thèse, Lévy avance en marchant et la pérégrination est terrifiante —, tout cela n'enlève rien au persistant malaise que l'on éprouve en apprenant que Omar Sheik était anglais.

On veut dire : pas seulement de papiers, mais profondément, intensément et caricaturalement anglais. Anglais brillant, le sel de la terre. Étudiant de la London School of Economics, petit maître aux échecs, joueur de bras de fer dans les pubs. C'est peut-être le curriculum d'un torry, pas celui d'un terroriste. Cela renvoie au portrait qu'avait établi Marie-Rose Armesto de Malika — épouse de Abdessatar Dahmane, l'un de ces deux faux journalistes qui ont abattu Ahmad Shah Massoud —, dans son ouvrage "Son mari a tué Massoud". Là aussi, parcours exemplaire de "l'intégration". Une intégration de rupture, même : fugueuse, mariée, divorcée, fille-mère, tout cela ne signale pas ce qu'elle transportera plus tard dans ses bagages vers l'Afghanistan. Elle est belge lorsque Omar est anglais. Alors, on repense à ce slogan, "La paix, ça commence entre nous". On se dit que ce n'est pas gagné, que de nouvelles pesanteurs s'ajoutent, qu'il ne faudra faire l'impasse sur aucune complexité, même et surtout particulièrement déplaisante. On dit cela, précisément, le jour où s'ouvre à Bruxelles, le procès des douze inculpés du "dossier Massoud".