Lautresite, le jour, 25 avril 03
 


 

En ce jour du vendredi 25 avril 2003. Surveiller et punir, on y revient. La Poste belge rémunérait donc des clients afin de contrôler les heures de passage du facteur. Le ministre français de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, engageant une "lutte de rupture" avec les drogues, propose quant à lui de confisquer le scooter des consommateurs de haschich ou de postposer leur potentiel passage du permis de conduire. Ces peines de substitution françaises ont en commun avec l'espionnage postal belge de faire de la consommation la scène primitive de la vie en société. Qu'est-ce qui nous relie, où réside le consensus social, quelles sont nos valeurs communes ? Que notre courrier arrive à l'heure et qu'avec quelques économies, on puisse s'offrir une moto. C'est donc là qu'il faut porter le fer et c'est pour ces raisons que l'on surveille et que l'on confisque. Parce que la peur du manque souligne une vraie insécurité. Parce que, en définitive, la peur du manque serait même la première des peurs. Hier, pour revenir à Mulisch, je lisais qu'il adorerait cela qu'un homme politique se lève pour dire non à une société prospère. Non pas, ajoute-t-il, de façon momentanée, comme l'on annonce une période de restrictions budgétaires, mais comme un vrai programme de société, un véritable horizon humain.

L'organisation du manque, dans une société, ce n'est pas aller vers le trop peu mais vers le pas trop : il n'est pas question de créer de la pénurie mais de la diversité, précise aussi Mulisch. Mais il ne dit pas totalement ce qu'il pense tout à fait : qu'une société non prospère serait aussi une société de progrès. Ce sont là des thèmes débattus autrefois par des partis politiques, tombés cependant en désuétude devant le petit bruit de l'œuf dur cassé sur le comptoir d'étain. Ces histoires de compétitivité, à quoi l'on peut ramener sans trop de mal la formule de Mulisch, elles n'ont jamais été aussi portées à distance, jamais aussi éloignées. On tremble chaque jour à l'annonce du chiffre des dizaines de milliers de volatiles sacrifiés sur l'autel de la peste aviaire. Ah, bon il y en avait autant ? Où se cachaient-elles ces volailles qu'on ne connaît jamais qu'en barquettes dans les grands magasins ? Et finalement, comment peut-on manquer de ce que l'on ne voit pas ? Le scooter, la lettre et le poulet font d'assez belles fables sur lesquelles passer au moins deux jours.
Je vous souhaite un excédant week-end.