Lautresite, le jour, 24 avril 03
 

 
Il y avait avec eux la fille du premier lit de Madame Alma, la femme sculpteur Anna Mahler, fille de Gustav Mahler. La femme de Werfel avait d'abord épousé le grand compositeur, puis le célèbre architecte Gropius. La jeune Anna Mahler avait été de son côté la femme de compositeur Ernst Krenek, puis celle de Paul Zsolnay, qui fut pendant des années l'éditeur autrichien le plus important".
Mary Jane Gold rencontre les Werfel à Marseille, quelques mois plus tard. Ils passeront la frontière espagnole grâce au réseau de l'Américain Varian Fry, puis iront aux États-Unis, s'installeront à Hollywood. Elle dit : "Franz Werfel était un écrivain connu, d'origine juive, de nationalité tchèque. Il était recherché par la Gestapo pour ses attaques directes contre les théories et les personnalités du régime nazi. Aux yeux de Fry, jeune homme américain aux lunettes cerclées d'écailles, Werfel semblait un peu mou et joyeux pour un militant en lutte contre l'hitlérisme. L'homme était obèse, transpirait beaucoup et, à la façon dont il engloutissait son dessert et sa bénédictine, il était évident qu'il aimait trop les sucreries".
On a oublié aujourd'hui Franz Werfel, mais pas tout le monde. Ainsi, l'association tchèque "l'Union des Expulsés" et sa fondation "le Centre contre les expulsions" vient, en cette année 2003 de remettre le premier prix Franz Werfel.

 
L'Union des Expulsés ne s'occupe pas des réfugiés et des demandeurs d'asile, mais rassemble principalement des Allemands des Sudètes. Ce prix a été attribué aux auteurs du projet d'élévation d'une "Croix de la réconciliation" édifiée près de la ville de Teplice nad Metuji en même temps qu'à l'Institut des recherches sur la diaspora et le génocide de l'Université de Bochum, Mihran Dabag. Cette "Croix de la réconciliation", monument dédié à toutes le victimes des épurations ethniques, a été élevée à l'endroit même où des Allemands des Sudètes furent abattus par des soldats tchèques, en 1945. Elle a été souvent déjà recouverte de graffitis et d'insultes. La communauté juive de Prague craint que ce Prix Werfel serve en fait à masquer une manœuvre consistant à établir "un trait d'union entre l'holocauste et n'importe quelle fuite, expulsion ou transfert à la suite des conflits militaires". La récupération du nom de Franz Werfel, juif et exilé, lui est particulièrement odieuse. À ce jour, on ne sait toujours pas si les lauréats accepteront ou non cette récompense et cet honneur…




Sources : Erika et Klaus Mann, Fuir pour vivre, Autrement, 1997 ; Mary Jane Gold, Marseille année 40, Phébus, 2001 ; Radio Prague www.radio.cz/fr.
 

De l'Arménie aux Sudètes. Ce 24 avril signe le commencement, en 1915, du génocide arménien. Le roman le plus définitif sur le génocide arménien fut écrit par le Tchèque de langue allemande Franz Werfel. Son livre s'intitule "Les Quarante jours du Musa Dagh", il a été publié en 1933, bien vite mis à l'index par les nazis, cela fait penser à Massada.
 

Et derrière Massada cela renvoie de manière anticipative au génocide des juifs. Werfel a compris fort vite qu'il lui fallait quitter l'Europe centrale et la ville de Vienne où il habitait. Klaus et Erika Mann le rencontrent en Suisse. Ils disent : "Lui aussi s'était dans un premier temps réfugié avec sa femme, Alma Mahler-Werfel, chez des parents proches habitant sur le lac de Zurich.