Lautresite, le jour, 24 avril 03
 


 

En ce jour du jeudi 24 avril 2003. Nous parlions de la prison, hier. À ce propos, notons les derniers développements dans l'opinion publique : il se dit aujourd'hui, à la radio et dans nos quotidiens, que s'il n'y a pas assez de places en prison, ce n'est pas que le parc cellulaire soit insuffisant. C'est qu'il y a trop de gens qui n'ont rien à y faire, soit qu'ils n'auraient sans doute pas dû y entrer, soit qu'ils auraient dû déjà en sortir. Parlez donc de cela autour de vous. Vous verrez bien qu'il existe toujours un problème avec la prison. Les libérations conditionnelles, par exemple. Cela n'existe plus ou presque. C'est un effet direct de l'affaire Dutroux. Il n'y a jamais un eu plus grand consensus dans le peuple de Belgique qu'avec l'affaire Dutroux, c'est même l'un de ces moments d'unanimisme par quoi se défont les droits minoritaires. Les longues peines aujourd'hui sont plus longues qu'avant, voilà pourquoi le temps se brouille avec l'espace et finit par bourrer les cellules. La question, avec la prison, ce n'est pas le manque d'espace, c'est la longueur du temps. Nous parlions donc de la prison, hier. Il se trouve qu'aujourd'hui, l'on voudrait aborder les procès. C'est un hasard. Je me retrouve avec "L'affaire 40/61" de Harry Mülisch, notes de reportage du procès Eichmann, et puis aussi avec les "Carnets de route de l'incendiaire du Reichstag" de Marinus Van der Lubbe.

Vous ressortez ainsi de la librairie avec deux livres, tous deux néerlandais, l'un qui ouvre la deuxième guerre, l'autre qui la ferme, avec une exécution à la hache et une pendaison. Vous vous demandez bien pourquoi ils viennent de sauter tous les deux dans vos mains, vous entreprenez donc de les lire ensemble et en même temps, vous vous souvenez bien sûr de Hannah Arendt et du livre brun de Münzenberg, Vous vous souvenez aussi que Münzenberg a fini pendu. Vous lisez van der Lubbe et cette image que vous aviez du dégénéré batave vous explose au visage. À cette même époque, le papa de Mülisch n'était pas encore collaborateur mais sa mère était déjà juive. Le travail de Mülisch est époustouflant — les pages sur les photos recomposées d'Eichmann ne sont pas égalées — et vous revoyez, oui, Eichmann à Jérusalem, parce que vous avez enregistré "Un spécialiste" de Rony Brauman aussi. Vous êtes en train de penser tout cela et vous vous posez la question de savoir ce que les Pays-Bas ont bien à vous dire ces jours-ci. Pourquoi ils se font si insistants. Vous vous souvenez alors que la statue de Pim Fortuyn a été décapitée. Vous allez, avec ça, conquérir votre journée.