Lautresite, le jour, 23 avril 03









Papiers

mâchés


Elle a quitté Alger en 1989. C'était le début des soulèvements. Objectivement, elle est partie continuer des études ; subjectivement, certainement pour beaucoup d'autres raisons. Depuis, elle a cherché des papiers.
Arrivée à Paris le 13 juillet 1989, la veille du bicentenaire de la Révolution française (elle a d'ailleurs pour le 14 juillet trouvé un job où, avec beaucoup d'autres, déguisés en révolutionnaires français, ils jouaient la prise de la Bastille en culottes et bonnets phrygiens pour des touristes essentiellement américains à l'hôtel Hilton; le comble était que tous ces révolutionnaires étaient arabes).
Un diplôme d'études approfondies en informatique puis une thèse en modélisation moléculaire (conception de médicaments par ordinateur). Pour financer ses études, professeur de mathématiques, puis chercheur et chargée de cours en informatique à l'université Denis Diderot, à Paris
Aujourd'hui, et depuis peu, elle a passé avec succès un concours de la Fonction publique et se charge de la mise en place et de la maintenance d'un gros logiciel national sur le campus de Jussieu.
Elle a eu sa carte de séjour de dix ans au bout de presque 15 ans, c'est-à-dire il y a deux semaines. Elle n'a rien ressenti. Ce fut mécanique. Elle habite Ménilmontant et a deux petites filles, Nour et Nejma. Par Fanny Bellahsene


 
Episode 4

Quand je repense à Alger, c'est immédiatement la vue qui s'offrait à moi que je devine encore. Je revois la rade et des bateaux qui ont l'air de s'y être endormis. J'aimais à me poser contre la rampe et rester là de longs moments à me perdre dans le bruit de la ville. Des chiens aboient, des enfants jouent, des voitures passent et de temps en temps la sirène d'un bateau qui s'en va. Le soleil n'existe pas, il fait partie, comme l'air, de tous les éléments. Je repense à tous ces étrangers comme nous les appelions, des Français ou Belges, coopérants ou visiteurs, qui sans cesse nous rappelaient notre chance de vivre au soleil. Je ne pouvais pas les comprendre. Il me semblait qu'ils disaient cela par manque de sujets de conversation.