Lautresite, le jour, 23 avril 03
 


 

En ce jour du mercredi 23 avril 2003. La contagion et la dispersion, deuxième. Tout fuit tout, disions-nous. Un des derniers endroits centripètes du monde, cependant, reste la prison. Même lorsque l'on s'en évade, on ne peut pas fuir la prison. Lundi, vers 17 heures, ce sont des cris qui ont alerté. Quelque chose se passait dans la prison toute proche et voilà, quelques minutes plus tard, c'était les autopompes, les voitures de police, les sirènes et puis c'était la grève. On l'a déjà dit ici : il y a une question d'offre et de demande qui n'est pas réglée, en prison. Trop de gens, pas assez de places. Les sondages demandent de l'enfermement. L'administration n'a pas les moyens de la politique de la société. Rien ne tourne rond. Les gardés et les gardiens se tiennent solidairement, le maton et le mâté se trouvent subitement égaux devant les lois du marché. Cette urgence, tout d'un coup, requiert de l'expédient. On libère les plus petites peines, on en appelle à la prison électronique, on compte renvoyer chez eux des étrangers délinquants. C'est un peu la période des soldes, c'est un peu la liquidation générale d'une boutique faillie. Sur les pillages des musées irakiens, Martin Sullivan, président "de la commission qui conseille la Maison Blanche sur les biens culturels

dans le cadre de l'Unesco", avait eu cette phrase : "Dans une guerre préventive, c'est le genre de choses que l'on doit prévoir". Mais que dire alors de ceux qui, ici, ont préféré la sanction à la prévention, quand la sanction n'est pas applicable par manque de prévision ? Ces prisons belges, de Forest et de Saint-Gilles, aujourd'hui, elles nous font penser à ces "Ali Baba", les détrousseurs de Bagdad, que l'on arrête pendant quarante-huit heures et puis que l'on relâche en raison du manque d'infrastructures. On dirait qu'une guerre s'est abattue sur nos prisons. C'est une guerre de libérations. Certains prisonniers estiment aujourd'hui qu'il est injuste de libérer des gens qui ont presté des temps de détention plus courts qu'eux. Lorsque la Justice a passé, on ne peut jamais, après, laisser de place à l'injuste. Il y a là quelque chose d'irréconciliable. Si la prison bout aujourd'hui, c'est qu'il est une dialectique impossible entre l'offre et la demande comme entre le juste et l'injuste. Alors, aujourd'hui, les gardiens débraient. S'est-on jamais sérieusement demandé ce que pouvait bien signifier "faire grève" pour un prisonnier ?