Lautresite, le jour, 22 avril 03
   
 

Destruction massive (1). Le 22 avril 1915, les troupes du Kaiser sont lassées d’attendre vainement que la « saillant » de Ypres cède sous leurs coups. Ces tranchées positionnées en avant du front et consolidées, un peu à l’arrière, par une ligne de défense très solide appelée la « ligne CQG » semblent, de fait, infranchissables. L’archiduc Albrecht qui, côté allemand, commande la Quatrième armée donne l’autorisation d’utiliser, pour la première fois, des armes chimiques. Préparées dès le 8 avril, les bouteilles de gaz chlorine ne seront finalement utilisées, en raison des vents défavorables, que le 22 avril, vers 17 heures. Français, Canadiens et Anglais subissent de lourdes pertes, les Allemands percent le saillant de Ypres, les ports de la Manche sont désormais à leur portée. Mais, faute de troupes supplémentaires, la Quatrième armée est finalement arrêtée dans sa progression. Cette attaque aux gaz est la première de l’histoire. Quelques mois plus tard viendra l’ypérite. Sources : Atlas de la Première Guerre Mondiale, Autrement, 1996.

Destruction massive (2).
Ce même jour du 22 avril 1915, à la même heure, le poilu Henri Laporte est à Blanlœil, sur le front de l’Argonne, entre Meuse et Aisne. Sa guerre est encore « conventionnelle ». « Comme nous étions installés, je commençai de sentir une mauvaise odeur qui se dégageait de l’endroit où j’étais assis.

À la longue, à force de remuer, je ne pouvais plus supporter, ainsi que mes camarades, cette odeur qui nous prenait de plus en plus à la gorge. Je dégageai avec ma pelle-bêche un peu de terre, et à notre grande stupéfaction, je découvris, horrifié, que depuis deux heures je servais de couvercle au cadavre en putréfaction d’un soldat allemand. Nous nous mîmes à le déterrer complètement. Les brancardiers l’enlevèrent dans une toile de tente, après avoir désinfecté l’endroit au chlore. Quelle macabre opération ! Après avoir reconstitué la banquette, nous nous installâmes à nouveau. À peine avions-nous terminé que nous vîmes revenir une douzaine de nos camarades de la première ligne (il était cinq heures du soir). Ils nous apprirent que l’espace de tranchées qu’ils occupaient était miné et allait sauter d’un instant à l’autre. C’était le première fois que nous allions assister à un tel spectacle. On nous approvisionna en grenades et, après avoir reçu les ordres nécessaires, nous attendîmes, impatients de voir. Un quart d’heure à peine s’était écoulé que nous sentîmes la terre osciller et, aussitôt, un vacarme épouvantable ; deux ou trois tonnes de terre, avec des cadavres, furent projetés assez haut dans l’espace. Des cris, des jurons, des coups de fusil. Le 75 entra aussitôt en action. La mine venait de sauter, bousculant les tranchées allemandes ». In Henri Laporte, Journal d’un Poilu, Mille et Une Nuits, 1998.