Lautresite, le jour, 22 avril 03
 


 

En ce jour du lundi 22 avril 2003. La contagion et la dispersion raccourcissent et résument ce mois d'avril 2003. Ce sont deux mots qui appellent en même temps la diffusion et la dissémination, qui disent ensemble l'éparpillement et la propagation, qui vont assez bien également avec le zapping et l'atermoiement. Ils sont aussi synonymes de pillage, d'épidémie ou de vente à l'encan. Nous parlons évidemment et successivement de la guerre d'Irak, du SARS et de l'appartement d'André Breton. Cette simultanéité peut interroger. Que de mêmes conséquences s'adaptent à des situations et des présupposés différents ne peut toutefois surprendre que ceux qui posent deux et deux font quatre mais ont oublié que deux fois deux le font aussi. Ainsi de la guerre d'Irak, officiellement déclarée pour empêcher la dissémination des armes de destruction massive, chimiques ou biologiques : elle se ferme aujourd'hui sur le pillage des musées, le brûlage des bibliothèques et la propagation d'un sentiment religieux que l'on verra à l'œuvre, tout à l'heure, à Kerbala. Si elle voulait éviter la centrifugation, elle l'autorise désormais tout à fait : c'est une constatation, une sorte d'enseignement.

Autre chose : on savait déjà, depuis la vache folle et l'encéphalopathie spongiforme bovine, que l'imperméabilité entre les espèces était forclose. Mais le mode de transmission, l'effet-retard de la maladie et le petit nombre des cas aujourd'hui constatés la mettaient, pour ainsi dire, suffisamment à distance. Ce n'est plus le cas avec le SARS : ce coronavirus mutant perpétuellement compromet son endiguement. C'est, à tout le moins, ce que disaient hier les autorités canadiennes, reprenant là précisément un terme, "endiguement", dont le rejet par l'entourage néo-conservateur du président Bush fut précisément à l'origine de l'intervention en Irak. André Breton, enfin : la dispersion des quatre mille et quelques objets du 42 rue Fontaine se trouve entérinée par les lois du marché que l'on a préférées aux choses publiques. Malgré les préemptions — une autre sorte d'endiguement — tout est perdu : on a rompu un charme, à Drouot, ces dernières semaines. Ce mois d'avril qui n'est pas fini nous laisse donc avec cela : que tout s'éloigne du centre, que tout part en périphérie et que tout fuit tout. Nous aurons à faire avec cela. Nous devrons y revenir. Nous y reviendrons demain..