Lautresite, le jour, 15 avril 03

 
Me voilà à nouveau dans les locaux de la police. Île de la Cité, mais cette fois pour un dépôt de demande de naturalisation. Pendant que le dossier est à l'étude, je ne suis pas expulsable.
J'attends donc, mon tour. On se dévisage. On repère les bons et les mauvais interlocuteurs. On prie en silence pour tomber sur un bon, mais seul le hasard décide.

Je tombe sur une dame, antillaise, qui m'examine derrière son hygiaphone. Elle commence à énoncer les pièces à présenter. Je les glisse une à une dans la fente dédiée. J'y ajoute non sans une pointe de fierté les documents concernant mon grand-père, mon père et les lettres de recommandations.
Et voilà cette dame qui épluche mon dossier ; je la vois qui passe sur tous les documents qui faisaient ma fierté sans y prêter la moindre attention, il me semble qu'elle cherche quelque chose. Tout à coup, je la sens se raidir. Presbyte, elle éloigne le document pour s'assurer qu'elle a bien lu ce qu'elle lit. J'aperçois ma dernière fiche d'imposition. Et là, elle ne cache plus son étonnement, il est à son comble. Elle arrive quand même à articuler :
— C'est avec ça que vous comptez demander la nationalité française?

 
— Oui.
— Ce n'est quand même pas en payant 4700 f d'impôts que vous allez demander la nationalité française ?
(Je rappelle à celui qui l'aurait oublié, que je travaille à mi-temps)
Je réponds, scotchée à mon tour :
— Mais, c'est là un critère déterminant ?
Et sans l'ombre d'un doute, sans aucune trace d'hésitation, elle ajoute :
— Absolument.
Les bras m'en tombent, le moral aussi.
Elle continue la prospection, impassible. Je sais déjà que c'est perdu. Je pense déjà à une autre alternative : le mariage, c'est tout ce qui reste.
Ah! Je la sens qui s'agite, un peu comme les chiens qui bougent la queue, les mômes qui sautillent. Vraisemblablement, elle a trouvé autre chose.
— L'acte de mariage de vos parents.
— Oui ?
— Il date !
En effet, il date de 4 mois. Le temps d'écrire à la mairie de Sétif, qui fait les recherches et me le renvoie. Je dois ensuite attendre mon rendez-vous.à la Préfecture.