Lautresite, le jour, 15 avril 03

Je ne sais pas aujourd'hui encore si c'est grâce à cet instant-là ou pour avoir le temps de vérifier mes histoires de chomdu, mais j'ai eu droit a un sursis de six mois. Il fallait, en six mois, avoir tout régler.
En sortant de la Préfecture, l'on tombe face à la prison de la Santé; ça permet de relativiser. Mais surtout face à la Seine. J'ai été boire un café chez Laure- Hélène ; elle s'était souvenue de ma date de rendez-vous et m'avait conviée. Une fois sortie de là, je n'en ai plus parlé, de mes rendez-vous à la Préfecture. Les remake de ce genre me pèsent.
A commencé la course contre la montre : j'allais d'un entretien à l'autre pour un emploi dans mon domaine. Nous sommes peu après la guerre du Golfe et toujours en récession. Tant que les employeurs ont le CV, les publications, le parcours ils sont enchantés et prêts éventuellement à vous prendre, mais dès que vous parlez d'un changement de statut — passer du statut d'étudiant à celui de salarié — là, pressentant les complications inhérentes à cette situation, là, ils sont désolés, mais ne jouent plus. Pas de temps et pas d'énergie à mettre dans ce genre de procédés. Alors, cahin-caha je me suis lancée dans la formation en informatique pour des boîtes privées, à mi-temps bien sûr.


 

J'ai aussi retiré un dossier de naturalisation. La constitution de ce dossier devrait suffire non pas à la délivrance du statut de "Français" mais au moins à l'obtention d'une médaille. Il y a là toute votre vie en coupures de 21-29.5. Acte de mariage de vos parents dans la mairie du mariage : ça remonte pour ma part aux années trente dans une commune loin de la capitale et sous domination française à l'époque. Loin de simplifier les choses, ça les complique. Je vous épargne la liste des pièces à fournir : fiches de paie, impôts, casier judiciaire, et un plus : des attestations de personnes autour de moi qui me recommanderaient.
J'ai dû une fois de plus mettre au placard ma fierté ancestrale qui avait du mal à se placer (vous vous en souvenez ?) et demander à des personnes vivant autour de moi si elles voulaient bien me rédiger ce type de documents. Certaines l'ont fait avec un grand plaisir et j'ai en ma possession des lettres très touchantes. J'y ai ajouté le parcours de mon grand-père, chevalier de la Légion, normalien en 1920 dans une Algérie colonisée, palmes académiques, conseiller municipal et tutti quanti. Et même quelques éléments du parcours de mon père, haut fonctionnaire du ministère des Finances au temps de la France, comme il dirait.