Lautresite, le jour, 15 avril 03

Le nombre de rencontres, d'entretiens biaisés parce qu'il nous fallait ressortir de là avec cette promesse, coûte que coûte..
Nous avons parlé longtemps et, tout d'un coup, il me dit, en arabe cette fois, sur le ton de la confidence:
— Tu me vois là ? je suis un homme. En effet, les tempes grisonnent. Surprise, j'opine de la tête.
— Eh bien vois-tu, là, là, je chie dans mon froc ..
Bien entendu j'ai ri, mais je m'en souviens encore…
À ce moment, il perd tout contrôle : il se met à jurer par tous les saints que c'est la dernière fois qu'il se retrouve ici. Il en a eu des copines françaises même que certaines lui proposaient de se marier ; il ne voulait pas, il n'était pas amoureux m'expliquait-il, il n'a jamais voulu mais, à cet instant précis, il le regrette. Oui, il va se marier, c'est la seule solution qu'il voit…moi aussi, c'est la seule que je vois.
Un jour, bien des années plus tard, en me rendant à l'hôpital Tenon, pour une visite de routine, je croisai un ami à lui et lui demandai des nouvelles : dans le flot d'informations qu'il me donna, je n'ai retenu que son mariage, contente pour lui, mabrouk !!

 

Je n'ai plus de revenus depuis au moins trois mois. Mon employeur a transmis mes coordonnées à l'Agence Nationale Pour l'Emploi. Un texte de loi stipule que les étudiants étrangers ayant cotisé ont droit aux allocations de chômage. C'est un secret national, jamais divulgué. Je l'ai appris par hasard par une dame, femme du cousin d'une amie de ma tante (vous suivez?). Cette dame travaille elle même dans une ANPE. Je l'ai donc cherché ce texte, longtemps. Je l'ai trouvé.
Il est indécent d'être étranger dans un pays et d'y toucher des allocations, le temps de retrouver un emploi. L'on tombe immédiatement dans le cliché fort répandu, de l'étranger (j'ose pas écrire Arabe) qui vit des contributions des Français travailleurs. Ce passage fut court mais mal vécu. Pas assumé. Je m'égare…
Revenons à nos moutons. Préfecture donc... J'attends mon nom comme un couperet. J'ai droit ce jour-là à un régime spécial : je suis convoquée pour un rendez-vous personnel avec la chef de service. Devrais-je m'en réjouir?
Je ne pense plus qu'à ça. Je soutiens mon doctorat, non sans mal, mais il s'agit là d'une autre histoire…