Lautresite, le jour, 15 avril 03









Papiers

mâchés


Elle a quitté Alger en 1989. C'était le début des soulèvements. Objectivement, elle est partie continuer des études ; subjectivement, certainement pour beaucoup d'autres raisons. Depuis, elle a cherché des papiers.
Arrivée à Paris le 13 juillet 1989, la veille du bicentenaire de la Révolution française (elle a d'ailleurs pour le 14 juillet trouvé un job où, avec beaucoup d'autres, déguisés en révolutionnaires français, ils jouaient la prise de la Bastille en culottes et bonnets phrygiens pour des touristes essentiellement américains à l'hôtel Hilton; le comble était que tous ces révolutionnaires étaient arabes).
Un diplôme d'études approfondies en informatique puis une thèse en modélisation moléculaire (conception de médicaments par ordinateur). Pour financer ses études, professeur de mathématiques, puis chercheur et chargée de cours en informatique à l'université Denis Diderot, à Paris
Aujourd'hui, et depuis peu, elle a passé avec succès un concours de la Fonction publique et se charge de la mise en place et de la maintenance d'un gros logiciel national sur le campus de Jussieu.
Elle a eu sa carte de séjour de dix ans au bout de presque 15 ans, c'est-à-dire il y a deux semaines. Elle n'a rien ressenti. Ce fut mécanique. Elle habite Ménilmontant et a deux petites filles, Nour et Nejma. Par Fanny Bellahsene


 
Episode 3
Il ne me reste plus beaucoup de temps.
Dans trois jours peut être, après quinze années en France, en situation régulière, en payant des impôts, ma demande de carte de dix ans, peut-être, va aboutir. Je dis peut-être car peut-être pas.
Je m'efforce donc de relater ce qui me revient de toutes ces années en Préfecture de police. Je veux l'écrire avant. C'est instinctif, il me semble qu'après je risque d'oublier.
Je suis convoquée cette fois à la préfecture de Paris. Île de la cité. Face au marché aux fleurs et au Palais de justice. Nous sommes au cœur du vieux Paris, dans le quartier latin.
J'arrive au bâtiment F, 2ème étage. Bureau 113. Ma convoc en main.
Je tape, entre, dérange, montre ma convoc, suis priée de ressortir et attendre. On m'appellera.