Lautresite, le jour, 15 avril 03
 


" Mais assez de recenser ses crimes ! La liste est interminable, jamais nous n'en finirions. Son ombre terrifiante plane sur l'Etat du Congo, et sous cette ombre, une nation désarmée de quinze millions d'innocents s'étiole et dépérit dans la misère. C'est le pays de la mort. C'est le Pays des Tombes. Le Cimetière indépendant du Congo.
Il est phénoménal de penser que tout cela, cette péripétie la plus horrible de l'Histoire, est I'œuvre d'un seul homme, rien que d'un homme, un seul individu, Léopold, Roi des Belges. Il est personnellement et seul responsable de la myriade de crimes qui ont assombri l'histoire de l'Etat du Congo. Il est seul maître au Congo, maître absolu. Il aurait pu empêcher ces crimes, il lui eût suffi d'un mot, d'un seul. Mais ce mot, il ne l'a pas prononcé... Par cupidité!
Il est incroyable de voir un roi anéantir une nation et dévaster un pays par simple amour de l'argent, et seulement, uniquement pour cela. La soif des conquêtes est le propre des rois. C'est un vice grandiose qui sied à leur personne. Depuis le temps, nous nous y sommes faits, nous fermons les yeux, nous y voyons même un apanage royal. Mais la soif d'argent, la soif de nickel, la soif de monnaie, la soif de picaillons crasseux, non pour l'enrichissement d'une nation, mais pour celui d'un roi seul, cela, oui, c'est nouveau. Cela nous révolte irrévocablement, nous ne parvenons pas à nous y faire, cela nous offusque, cela nous écœure: nous disons que cela est méprisable, indigne d'un roi, indigne de son rang... Comme démocrates, nous devrions en rire et nous réjouir de voir la royauté traînée dans la boue, mais... Non, vraiment, c'est plus fort que nous, nous ne le pouvons.