Lautresite, le jour, 15 avril 03
 


 

En ce jour du mardi 15 avril 2003. Mettons-nous bien d'accord, c'est la semaine sainte et il fait beau. Je le souligne parce que, aujourd'hui, ce pourrait être tout aussi bien le jour de la Syrie. Alors, venir avec cela, la semaine sainte, ça vous a un goût de suranné et de culottes courtes : au moment où Dieu est requis partout, on ne sait plus rien de la semaine sainte et Pâques égale une fois pour toutes une chasse aux œufs. Et l'agnostique qui écrit ceci est fondé à se demander de qui l'on se moque, à la fin, pour que même un chemin de croix et une résurrection fassent désormais aussi peu d'écho dans les consciences croyantes au moment où Dieu, comme jamais, est leur droit. C'est ce vieux bazar de l'adéquation entre le geste et la parole : on voudrait bien alors qu'elle soit assumée. Disons même que cela nous rassurerait. Mais non, voilà un Dieu réduit à un programme, presque à un projet, sur lequel il est pensable de zapper, un peu comme avec les divinités romaines : prendre ceci et laisser cela, une allégeance ici, un déni là et l'homme reconnaîtra ses dieux. Un peu de rigueur dans la croyance, c'est tout ce que nous demandons. Mettons-nous donc bien d'accord : c'est la semaine sainte et il fait beau et,

dans cette phrase, il y a deux choses, l'une qui dépend de nous et l'autre qui n'en dépend pas. Le beau temps actuel, cette arrivée printanière qui paraît durable, il ne dépend pas de nous. L'autre chose, oui. La mobilisation de Dieu sur le front des armées nous oblige à regarder cette semaine sainte dans les yeux : on va compter les genoux pliés, les mains jointes et les crânes baissés, c'est le moins qu'ils puissent faire. Cette semaine sainte nous invite donc, nous qui serons prochainement appelés à voter, à observer qui pliera, qui joindra et qui baissera. L'étonnement qui fut le nôtre lorsque l'on apprit que Tony Blair n'était pas seulement travailliste mais aussi croyant et que ces deux convictions ne semblaient pas égales, cet étonnement-là nous ne devons pas nous y rendre une fois les élections passées. La contamination de la sphère publique par des options privées suggère que les programmes électoraux comportent désormais les opinions philosophiques et religieuses des gens qui se présentent à nos suffrages. Voter en connaissance de conscience, cela devrait être accordé au plus petit des démocrates. Il est possible qu'il fasse beau jusqu'à Pâques.