Lautresite, le jour, 11 avril 03
 
Déboulonnage de la statue d'Alexandre III à la révolution russe.

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"La Hongrie a symboliquement immortalisé non sans humour, quarante années de son histoire: dimanche 27 juin [1993] à l'occasion des festivités qui devaient marquer le deuxième anniversaire du départ des troupes soviétiques, la ville de Budapest, dirigée par le dissident de longue date Gabor Demszky, a inauguré le premier musée en plein air des statues socialistes dans un ancien État du bloc soviétique. À l'ombre du monument aux martyrs et sous le regard bienveillant de deux colosses de l'armée rouge, une troupe parodiant une cérémonie officielle des années 50, avec son cortège de pionniers, de héros du travail et ses discours en jargon communiste, a joyeusement célébré la naissance de ce parc d'attractions d'un genre particulier qui sera ouvert au public le 1er août. Étalé sur 4 hectares à la périphérie de la ville, le musée regroupe une quarantaine de statues et une dizaine de plaques commémoratives de l'ancien régime. C'est d'ailleurs l'un des rares endroits en Hongrie où il est encore possible d'exhiber sans crainte des drapeaux rouges, depuis la récente interdiction de l'utilisation publique des sigles communistes sauf à des fins «culturelles» ou «éducatives». Histoire oblige, les statues des pères fondateurs du socialisme, Marx, Engels, Lénine, sont nichées aux deux extrémités du panthéon néo-classique dressé à l'entrée du musée. Les autres reliques ont été réparties en trois groupes: les événements historiques, les figures politiques, et le monument «AUX LIBÉRATEURS» de 1945, revenus en 1956 pour mâter l'insurrection hongroise. Au milieu des fleurs en forme d'étoile rouge qui ornaient jadis l'entrée du Pont des chaînes, et pour terminer la balade, un autre clin d'œil : un mur." Régine Robin, "Le naufrage du siècle", Berg International/XYZ, 1995.  




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