Lautresite, le jour, 11 avril 03
 


 

En ce jour du vendredi 11 avril 2003, lendemain du jour des Kurdes. What's in a name ? Ce qu'il y a dans les mots. Je reviens sur la bavure et sur le moule. J'évoquais déjà cela mercredi, dans ces pages, je n'en sors pas. Une bavure : trace que les joints d'un moule laissent sur l'objet moulé. Nous étions alors au jour des journalistes, et il paraissait bien que ces bavures faisaient sens. Mais, si vous voulez bien, cherchons encore, allons un peu plus loin. Le moule est une "petite mesure", un modulus, dérivé de modus : une façon de faire, donc, comme l'on dit "un modus vivendi". On y fait son lit comme l'on s'y couche. Bien entendu, dans le moule, nous entendons déjà le modèle. Et dans le modèle, nous apercevons assez vite le "remodelage" dont parle l'administration de George Bush. Ceci pour faire advenir la consécution du modèle et de la bavure, ceci pour poser la question de la suite, supposant que les mots qui écrivent l'histoire peuvent aussi servir à l'anticiper. La question de la reproduction est donc entière dans cette histoire de remodelage, même si l'on comprend qu' il ne s'agirait plus simplement de "créer à son image", mais de proposer à la reproduction une figure idéalisée de soi : ce n'est même plus

Dieu, c'est un dieu qui recrée Dieu. Cette affaire de remodelage, elle est dans la rue, si on y regarde bien. Les corps que l'on y croise, liftés, siliconés, tatoués ou piercés, proposent d'eux-mêmes une version méliorative, ils n'ont l'impression d'être finis que lorsqu'ils ajoutent à la nature les signes qui la corrigent. Ces corps qui sortent du moule commun de l'humanité ne se satisfont pas du hasard et de la contingence de la naissance, et il y a là-dedans quelque chose, quoi qu'on fasse, qui ne va pas totalement avec la démocratie. Le remodelage tente d'effacer la bavure. La bavure, c'est la nature : elle fait des bras trop longs ou des torses trop courts, elle oublie des organes, elle se gourre dans son propre alphabet, l'ADN parfois défaille. De l'imperfection de la nature dont nous disposions, nous avons tenté de faire une culture : c'est elle qui nous permet d'en accepter les manquements et c'est elle qui nous autorise, tout de même, à nous accomplir. Et c'est même pour cela que nous vivons en société. Aussi bien, la question revient-elle à se demander si un remodelage entend éliminer une bavure pour changer une culture en l'extirpant du social. Un nouveau monde, quoi.