Lautresite, le jour, 10 avril 03


     
 

"Les Américains sont arrivés. On a vu les Allemands qui fuyaient. Nous étions ravis, bien sûr, ils partaient sous les huées des paysans. Les Américains ont continué à avancer ; ils se sont installés dans la région ; ils ont campé dans les champs ; ils ont été reçus en libérateurs. Ça été quelque chose d'extraordinaire. C'était la liesse. Et puis, on a vu aussi des femmes qui avaient collaboré avec les Allemands se faire tondre sur la place publique, se faire huer, promenées, torse nu, dans la rue avec une croix gammée dessinée sur la poitrine. Il était effrayant de voir comment les gens pouvaient faire volte-face, d'apercevoir simultanément leur bon et leur mauvais côté. Ils pouvaient être à la fois extraordinaires et monstrueux. Et nous, pendant ce temps-là, on ne voyait qu'une chose, c'est qu'on allait rentrer à Paris, reprendre notre vie normale, et retrouver nos parents. Tout ça ferait partie d'un cauchemar qu'on finirait par oublier." In Jean-Pierre Guéno, Jérôme Peenard, "Paroles d'étoiles. L'album des enfants cachés (1939-1945)". Ed. Librio.


"Déjà, au café Saint Arnould, un tambour se dérouillait les poignets. Le bruit courait que les Anglais étaient au Bac St Maur, puis au Trou Bayard. Pendant ce temps, le village se pavoisait de drapeaux et de guirlandes et les trois couleurs claquaient au vent, sur la façade de la Mairie , sur le Monument aux Morts et jusqu'aux colonnades du haut de l'Eglise. On apprit alors que les Tommies passaient au Beaumart et au Saule : ce fut une ruée générale pour accueillir nos Libérateurs. On leur jeta des fleurs, on orna leurs voitures de fanions, on leur offrit à boire et à manger. Partout, on sentait la joie délirante des Steenwerckois après quatre années de servitude. La foule se réunit ensuite sur la Grand'Place. La musique municipale réunie autour du Monument aux Morts, entonna une vibrante "Marseillaise", suivie du "God Save the King"... L'après-midi nous réserva encore d'agréables surprises. Aprés les "Royal Welsh Fusiliers " de la matinée, nous fîmes la connaissance des " Royal Engineers ", amenés triomphalement dans le bourg avec leur quarante camions, par notre sympathique secrétaire de Mairie, et deux officiers. L'accueil fut des plus chaleureux à Steenwerck, aussi bien qu'à la Croix du Bac, et tous, hommes et femmes, vieux et jeunes, manifestèrent les signes de la plus cordiale entente et de la plus profonde sympathie. Louis, "La Croix du Nord", septembre 1944