Lautresite, le jour, 10 avril 03
 


 

En ce jour du jeudi 10 avril 2003, lendemain du jour de la statue. Alors, une guerre que l'on est en train de remporter devient-elle, au final, une guerre juste, légitime, légale, etc… ? Il va falloir, ces jours-ci, faire un gros travail de mémoire immédiate, sauf à tomber dans le déni. Car voilà, il n'y a pas vingt-quatre heures et, déjà, on rentre les épaules ou on les sort. Le jour de la statue vient d'arrêter le temps : le moment est présent et occupe tout l'espace réthorique. La reddition des comptes a commencé, et nous autres, les imbéciles politiques qui ne savent pas être du côté du manche, voilà que l'on nous paie en menue monnaie. Résister à l'irrationnel du triomphe, cela devrait être pour les vainqueurs "de loin" — les "on vous l'avait bien dit" — un exercice aussi complexe que pour ceux, dont nous sommes, qui n'ayant pas même douté de cette victoire, n'ont voulu endosser ni les habits de Donald Rumsfled, ni ceux de Vladimir Poutine pour ne rien dire des oripeaux de Saddam. Car cela va vite, le retournement de l'opinion, et il nous faudra rester ferme. Alors non, on ne simplifie pas, on ne simplifie pas. Expliquer aux opposants à la guerre que la victoire des Américains n'est pas leur défaite, premier travail. L'expliquer à Tony Blair, aussi, deuxième affaire.

Et nous expliquer à nous-mêmes pourquoi les images de Bagdad, hier, furent si pénibles. On ne l'a pas trouvée belle cette liesse. Bien entendu que l'on était avec les Bagdadis, on aurait même bien pillé avec eux, mais quelque chose dans l'homme nous faisait mal. Le torturé rejouant sa torture pour les caméras, cette propension à la victimisation, cette complicité avec la soumission, ce goût pour la vassalisation : nous avouerons que cette image nous est plus emblématique que celle de la statue renversée. On ne l'aime pas, cette image. Elle nous dit trop de choses sur nous, elle amenuise l'estime que nous nous portons, c'est elle qui nous fait perdre la guerre. Et puis, on n'a pas aimé non plus, écoutez bien, un type de "la famille de Ahmed Chalabi", supposé homme fort et de paille de la prochaine administration irakienne, porte-parole du Congrès national irakien : trop de morgue, trop d'admonestations, trop de bêtise en même temps, une autre image de l'homme, la tondeuse déjà à la main. Alors, en ce jour d'après le jour de la statue, on se dit juste qu'il va devenir de plus en plus compliqué pour les idiots utiles de sortir encore le portrait de Saddam dans les manifestations et que ça, c'est une excellente nouvelle.