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Ils ne se plaignaient de rien ; ni du froid ni de la chaleur ni du manque
de sièges, ni des photocopies à 2 francs l'unité,
ni de la machine à photos qui ne fonctionnait pas, ni du temps
qui passe, qui ne passe pas. Ils se dévisageaient entre eux, entre
nous. Je pense aujourd'hui que cette attitude qui, du haut de mes prétentions
de jeune étudiante en doctorat m'agaçait, est un procédé
fort intelligent d'optimisation : on répond ainsi à l'image
du colonisé demandeur d'asile, on répond à l'imaginaire
du dominant; pas de vague. Ça va plus vite et de toute façon,
on ne change pas ces choses-là, pas comme ça, pas ici. Nous
sommes dans une machine infernale, chacun son tour….
J'ai longtemps voulu assister à des recrutements de ces personnels
de Préfecture. Ils se ressemblent tous, il doit donc bien y avoir
une école, je n'irai pas jusqu'à dire un "courant de
pensée" mais quelque chose qui fait que même jeune,
même avenant, même beau garçon, les réactions
sont toujours les mêmes. Du clonage cérébral avant
l'heure ..., je m'égare une fois de plus….
Il m'est arrivé de ressortir au bout de deux heures d'attente et
voyant que les numéros ne défilaient pas, il m'est donc
arrivé de sortir de cette pièce exiguë pour aller boire
un café. Il m'est même arrivé de revenir alors que
mon numéro venait d'être appelé.
J'ai dû reprendre un rendez-vous.
(à suivre) |