Lautresite, le jour, 8 avril 03
 


 

En ce jour du mardi 8 avril 2003. Une guerre en train de se gagner devient-elle plus juste qu'une guerre qui peut se perdre ? La télévision parle désormais de "bonnes nouvelles", on est dans le ton d'un commentaire sportif entre deux équipes étrangères, on commence par prendre parti, on finit par encourager. Quelques idiots utiles dans les manifestations, avec leurs calicots, leurs photos de Saddam, leurs drapeaux israéliens à croix gammées, leurs bannières américaines brûlées, leur racisme, leur violence, leurs chansons et leurs fatwas, servent finalement à accréditer cela, que pour être contre cette guerre, on est forcément pour la dictature. Les relais de ces idiots sont pourtant minces, à part quelques groupements de cette extrême gauche anti-américaine par nature et stalinienne par atavisme, on n'a pas lu grand-chose qui fasse accroire ce que Adam Michnik prétend aujourd'hui dans Libération. Nous ne pensons pas, ici, que les Européens de la vieille Europe se soient rangés aux côtés de Saddam Hussein ni qu'ils aient choisi de préférer Ben Laden à George Bush. Même si les pacifistes n'ont pas réussi, il est vrai, à se défaire de la tentation de ce "lâche soulagement" dont le "Not in our name" reste l'illustration la plus claire: on l'a déjà dit ici, la démocratie c'est se rendre responsable y compris de ce quoi l'on n'est pas coupable.

Ce que nous n'acceptons pas — c'est peut-être bien cela la ligne de rupture — c'est que l'administration de George Bush ait choisi de remplacer les Lumières par l'opacité. Sans doute sommes-nous de piètres politiques, mais il y a quelque chose dans cet abandon qui produit une crainte et un effroi moins identifiables, et donc plus compliqués à circonscrire, que les conséquences désormais connues des pratiques des régimes totalitaires. Car oui, ayant fait en sorte que la dénonciation et l'indignation se soient, dans nos pays, totalement professionnalisées, nous vivons avec plus d'assurance les défis aux droits de l'homme : nous en avons construit et financé les garde-fous. Aussi bien, la nouvelle donne de l'administration Bush nous renvoie-t-elle vers des chemins moins balisés : nous n'en savons aujourd'hui ni les intentions ni les volontés et ne sommes pas sûrs de pouvoir leur opposer, le cas échéant, la résistance nécessaire. Ce trouble est un trouble honnête, profondément honnête. Car l'on sent bien que l'on ouvre, de fait, la voie aux idiots utiles et qu'on la ferme, absolument, à ceux qui voudraient rester responsables de ce qu'ils n'ont pas décidé.