Lautresite, le jour, 7 avril 03









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Ceci n'est pas une utopie, puisque le lieu est nommé. C'est une affaire de géographie, de toponymie, un peu d'onomastique aussi. C'est une façon de se déplacer dans le monde. C'est une carte aveugle, un jeu de pistes, un parchemin trouvé. Aujourd'hui : Paris, rue Monsieur-le-Prince, en face du théâtre Marigny.
Par Thierry Kübler.



Ça sent l'été et la tempête dans la ville lumière, en ce début de juin 1938. Hitler a pris le pouvoir en Allemagne depuis cinq ans et l'Europe bouillonne. Petit souffle de fraîcheur dans la lourdeur ambiante, Blanche Neige triomphe sur les écrans des Champs-Élysées. Fin de l'après-midi, un homme de 37 ans sort du cinéma. Ödön von Horvath, écrivain : "Je suis un mélange typique de cette vieille Autriche-Hongrie : hongrois, croate, tchèque, allemand - il n'y a que la composante sémite qui me fasse, hélas, défaut".
Enfant de diplomate, Ödön est ballotté d'ambassade en consulat et passe la marelle de son enfance par toutes les cases d'Europe Centrale. Cancre magnifique, adolescent révolté et enfin poète. La droite, la gauche, mais aussi "l'éternel petit-bourgeois" : dans ses écrits, von Horvath tire juste et tape fort. Et aussi l'exploration des faits divers (les tous simples, pas médiatiques pour deux ronds) la traite des blanches, l'émigration : décrire "le gigantesque combat entre individu et société", montrer "le monde tel que, malheureusement, il est". Et hop, en 1931, le prix Kleist, la plus haute récompense de l'époque, pour le début de son œuvre. Deux ans plus tard, les nazis brûlent ses livres en place publique. Bien sûr, aujourd'hui, on pense à Bertolt Brecht puisque l'on a
presque oublié von Horvath. Pourtant l'œuvre de celui-là n'a rien à envier à celle de celui-ci.