Lautresite, le jour, 4 avril 03
 


 

En ce jour du vendredi 4 avril 2003. Voilà comment on est : les yeux tellement braqués sur le développement démocratique de l'Irak, on en oublie nos propres élections. Je parle des Belges qui voteront fédéral le 18 mai prochain. Jamais campagne n'aura été aussi peu labourée. Au journal télévisé, si jamais elles arrivent, les élections sont placées quelque part entre le sport et la culture. C'est la première fois, à ma connaissance, qu'une campagne électorale belge se déroule en Irak. D'où la demi-surprise de voir débarquer hier les Irakiens au siège bruxellois du PS où le président invitait hier les ambassadeurs des pays arabes. Disons le tout net, cette demi-surprise fut tout à fait mauvaise. Il n'y a pas un instant, pas une seconde, où l'on peut s'en aller confondre le dialogue et la compromission. La grande cuillère, ici, elle était toute petite et trempait dans le café. Le représentant de Saddam Hussein dans notre pays, au siège du PS, boulevard de l'Empereur, ce n'est pas la moitié d'une erreur, fût-ce au nom d'une estimée realpolitik. Au même moment, le chef de file libéral, lui, était au siège de l'OTAN et recevait Colin Powell. On eût dit que chacun, dans les partis de Belgique, préparait son après-guerre et que l'on partageait les risques de la coalition. Je dis coalition parce que nous aussi nous en

avons une : nous l'appelons plus communément "l'arc-en-ciel", elle rassemble, au gouvernement, socialistes, libéraux et écologistes et elle entend bien poindre à nouveau au matin du 19 mai. Alors, tout de même, une des rares informations dont nous disposions à propos de cette campagne et donc nous nous sommes assurés de la provenance : le VLD, parti libéral flamand, retire son veto sur le vote des étrangers non-européens aux élections locales. Dans les négociations pré-gouvernementales, ce point était conditionnel, les partis francophones ayant depuis longtemps marqué leur volonté. Et bien voilà, on n'en parle pas, mais c'est une bonne, une excellente nouvelle. Dans le même genre d'un inattendu roboratif, notons aussi, mais à l'échelle européenne cette fois, la décision de soutenir la création d'un Tribunal Pénal International pour la Tchétchénie. Comme si, tout de même, on avait remarqué que l'axe Paris-Berlin-Moscou n'allait pas tout seul. Saluons ici ce que nous considérons comme du courage et le contraire, précisément, d'une realpolitik conjoncturelle. L'Europe, avec les Etats-Unis ou la Russie, fait comme si elle était vraiment l'Europe. On pardonnera cet enthousiasme matutinal, mais enfin, il nous faut l'écrire vite avant que les faits ne nous démentent.