Baghdad, photographe, hiver 2000
On se demande, par exemple, si l'on a vu le vrai Saddam Hussein à la télé ou bien si c'était un alter ego, comme hier nous nous posions la question de savoir si la fiole de Powell contenait du "vrai" anthrax ou bien son sosie, et tout cela qui tourne autour du vrai contribue à obérer le souci du juste. Les images vertes aussi sont revenues, on les attendait comme les hirondelles, on suit avec elles les migrations. Ces types qui passent la frontière sont décrits avec autant d'enthousiasme sur les chaînes américaines qu'un gars de chez nous qui se positionnerait dans le petit rectangle. Bien sûr, nous sommes devant des palimpsestes et il y a à lire en dessous de la saturation des images. Et qu'est-ce que George Bush disait déjà à propos des petits Irakiens qui ne savent pas lire ? C'est pourquoi pour l'instant, l'on compte. En kilomètres, en progression, en munitions, en troupes, en morts, on compte. Les chiffres ont toujours l'air plus vrai, ça ne s'explique pas. De la fenêtre ouverte, ils vous soufflent aux oreilles. Les images remplacent les mots qui deviennent des chiffres. C'est un jeu. Mais ce jeu est un autre.
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