Irak, hiver 2000
Parce que tout cela, il faut bien le dire, est tout de même une affaire de corps et même, à ce que l'on nous laisse entendre, de corps à corps. Mais les préliminaires, décidément, c'eût été trop de chair. Le prélude, en langage militaire, équivaut à une "fenêtre d'opportunité". Notons aussi ce terme que nous pourrons utiliser dès demain dans nos justifications de licenciements massifs, par exemple : "la situation internationale nous a ouvert une fenêtre d'opportunité permettant de procéder à des licenciements, prélude à une délocalisation". Un prélude est, bien entendu, ce qui vient avant le jeu. "The game is over" a dit George Bush, mais il nous faut comprendre là qu'il ne fait en réalité que commencer, que tout ce qui s'est passé auparavant n'était pas de jeu, que nous n'étions pas dans la partie, et qu'avec nos veto et nos calicots, nous étions tout simplement hors-jeu, comptant pour zéro, recalés à l'essai. Tandis que j'écris cela, les premières manifestations des écoles passent dans l'avenue. Il est 10h30 et voilà donc sept heures que la guerre n'a pas commencé. J'ouvre la fenêtre, une vraie fenêtre. Elle fait un bien fou, cette fenêtre.
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